Moth & Rabbit ou le travail "sur commande" de Mark Buxton
C’est au Printemps Haussmann que j’ai découvert Moth & Rabbit, une maison dont j’entends beaucoup parler depuis quelques temps. Elle comporte actuellement 14 parfums créés par le parfumeur Mark Buxton. C’est un univers sombre, un peu provocateur voire provocant. Le postulat de départ des fondateurs de la marque Elke Filpes et Seong Nam Choi est celui-ci : « Des films sombres et réalistes de Mathieu Kassovitz, en passant par l’icône japonaise Takeshi Kitano, les parfums Moth and Rabbit se présentent comme des œuvres multi sensorielles qui reflètent les paysages oniriques des cinéastes. Les jus, issus des matières premières les plus nobles, sont habillés de flacons à l’allure minimaliste et nommés avec une touche d’humour ». On parle beaucoup de « La Haine » inspiré du film mais je dois dire que ce n’est pas celui que j’ai préféré. J’en ai sélectionné quatre qui m’ont parlé plus que les autres et je vais essayer de vous en parler.
« S'inspirant du film Blow Up de Michelangelo Antonioni sorti en 1966 retraçant la vie d'un artiste aux multiples addictions, ce parfum aux reflets narcotiques synthétise l'odeur de son atelier. Les épices et le camphre signent son odeur si spéciale »… J’avoue avoir été très dérouté par ce parfum et peut-être autant que par le film à l’époque où je l’ai découvert à l’Institut Lumière de Lyon il y a quelques années. C’est un cuir sombre, profond qui s’ouvre avec des notes d’absinthe et de safran puis s’enrichit d’un coeur de myrrhe, d’encens et de cèdre avant de se poser sur un fond labdanum, bouleau et ambre. C’est un parfum sombre comme de l’encre noire ou du goudron. Je pourrais le décrire comme un cuir de Russie sans mousse de chêne. C’est un parfum singulier, pas très facile à porter mais je trouve que Mark Buxton l’a un peu adouci avec le fond ambré. Il n’en reste pas moins très dark, un peu comme la marque… et comme le film.
« Duke of Burgundy » est le second parfum que j’ai retenu et c’est encore un cuir mais beaucoup plus rond, plus doux et plus lumineux car il s’ouvre avec des notes d’angélique, de pêche et de freesia puis vient le coeur de davana, d’osmanthus et de muscs qui s’arrondit encore avec des notes d’héliotrope et d’ambre. C’est un cuir amande aussi étrange que cela puisse paraître. La marque en décrit ainsi l’inspiration : « Duke of Burgundy reprend l'androgynie et la sensualité se dégageant de ce film sorti en 2014 sous la direction de Peter Strickland. De la finesse de l'angélique à la force d'un musc animalisé, ce parfum intrique autant qu'il attire ». Personnellement, je ne sens pas tellement les notes musquées et animales mais plutôt un côté rond et enveloppant. J’aime bien ce parfum, je pourrais, je pense, le porter. Il a quelque chose de très amande qui m’a un peu rappelé certains Serge Lutens par la dualité entre ombre et lumière.
Avec « Daisies », Mark Buxton s’éloigne du côté obscur de son inspiration. « Daisies reprend la révolte lancée par le film de Vera Chytilová en 1966 où deux jeunes filles se rebellent contre la société matérialiste. Le parfum évoque la fausse insouciance de la jeunesse avec un accord fruité et pétillant au coeur tout en douceur ». Le départ est très énergisant avec de notes de yuzu, de pomme verte et de pastèque arrondies par la cannelle. Puis le parfum évolue vers un coeur de jasmin et de vanille et un fond de muscs blancs et de patchouli. J’ai franchement trouvé « Daisies » très réjouissant et je ne suis pas loin de penser qu’il est peut-être celui que j’ai préféré. Il a comme quelque chose d’addictif et de joyeux. Je trouve que, pour une fois, Mark Buxton n’est pas noyé dans l’encens et la myrrhe et donne une lecture assez jolie et tendre de la parfumerie.
Mon dernier choix trouve son inspiration dans la musique : « Mood Indigo reprend les notes de Jazz de Duke Ellington qui bercent le film éponyme. Un parfum aromatique aux accents épicés qui laisse entrevoir une facette fleurie toute en subtilité ». Après une envolée de poivre rouge, de camomille associée au côté mentholé du géranium, le coeur floral de lys et de muguet vient comme un coup de vent et se pose sur un fond santal, encens et patchouli. Très franchement, je trouve que ce parfum est le plus réussi de la maison mais je ne peux pas dire qu’il me procure tellement d’émotion. C’est un parfum assez clair obscur, impeccable, original et très bien vu mais il ne me fait pas vibrer. Ceci dit, je le trouvais tellement bien fait que je ne pouvais pas ne pas en parler. Il faut dire aussi qu’il est peut-être un peu plus consensuel que les deux précédents.
Globalement, j’entends l’engouement pour la marque de beaucoup de perfumistas, j’en aime l’inspiration et la démarche artistique mais je dois dire que, comme souvent, le travail de Mark Buxton, même si je le trouve très beau, ne me provoque pas beaucoup d’émotions olfactives habituelles. Je suis vraiment content d’avoir exploré pour vous cet univers mais je ne me vois pas porter un parfum de cette maison… C’est curieux mais c’est ainsi.
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