Le Collection Particulière de Givenchy
J’étais complètement passé à côté de la première collection privée de Givenchy et je pense que j’aurais pu faire de même en ce qui concerne La Collection Particulière tant elle est confidentielle. Je remercie d’ailleurs Loanne du stand de la marque au BHV Marais de m’avoir fait découvrir ces parfums luxueux et très réussis. Attention, les prix sont élevés et la gamme n’est pas très accessible à tout point de vue. Je ne suis pas certain que je pourrais franchir le pas mais j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir ces créations. Comme toujours, j’ai retenu les quatre que j’ai préféré et j’ai eu envie d’écrire un article.
Je vais bien évidemment commencer par « Oiseau Rare » que je connaissais déjà et qui est mon coup de coeur de la collection. Créé par Olivier Cresp en 2020, c’est un floral franc et net. La marque le décrit ainsi : « Oiseau Rare déploie son panache dans la cour intérieure de l'Hôtel Particulier. Dans un ballet improvisé, sa grâce capture les rayons du soleil comme les regards ». Il s’ouvre sur un accord poivre qui vient, d’une manière à la fois légère et épicée appeler notre nez puis, au coeur, le pittosporum réinventé, prend toute la place et ne fera que s’enrichir d’un fond de cèdre, de gaïac légèrement gourmand et d’une vanille délicate et naturelle. Je voudrais un instant revenir sur le pittosporum qui est une fleur muette mais que l’on recrée pour donner une impression d’exotisme voire même de jardin japonais en parfumerie. La délicatesse de l’accord utilisé par Olivier Cresp m’a beaucoup rappelé l’odeur de la fleur de cette plante que j’ai eu la chance de sentir « en vrai » grâce à mes parents. Je trouve que la re-création est vraiment très réussie.
« Sans Artifice », lancé en 2020 m’a également bien plu par sa limpidité. La marque l’évoque ainsi : « Empreint de raffinement et d'authenticité, Sans Artifice déambule d'un pas léger dans la galerie d'art baignée de lumière. Comme Hubert de Givenchy, il a le goût des lignes claires et des proportions justes ». Je crois que, de tout ce que j’ai senti sur le stand, ce parfum est le plus délicat, le plus élégant et le plus réussi. J’ai trouvé l’association d’une envolée de bergamote et de gingembre enrichie d’un coeur de rose centifolia, d’un accord de thé blanc impérial et d’un absolu de maté puis un fond de muscs blancs et de cèdre de Virginie particulièrement réussi. La marque ne communique hélas pas sur le parfumeur mais je trouve qu’il a réalisé le thé blanc idéal et que l’association avec la rose est tout à fait incroyable. C’est un parfum à la fois lisible et très élégant. Sa fraîcheur m’évoque plutôt l’été, voire même une soirée au bord de la mer. En tout cas, j’ai beaucoup aimé « Sans Artifice » et je retournerai le sentir.
« Garçon Manqué se joue des rôles à la ville comme à la scène. Dans l'antichambre, coulisse de l'Hôtel Particulier, il se pare de paradoxes ». Il fallait un cuir de Russie et le voilà. Lancé en 2020, ce parfum m’a énormément impressionné et je dois dire que son androgynie, son élégance et sa singularité en font sans doute celui qui m’a le plus dérouté. J’ai été presque agacé par le départ d’encens de Somalie et j’ai eu envie de ne pas y revenir mais, très vite, l’osmanthus et l’accord cuir du coeur m’ont rappelé et, lorsque le parfum s’est renforcé d’un fond de styrax et de bouleau, je me suis laissé séduire par le côté goudronné de la création. J’ai été particulièrement sensible à l’interprétation moderne d’un cuir de Russie qui est quand même ancré dans une tradition des années 20 de la parfumerie française. « Garçon Manqué » réinvente le style. Il n’est jamais trop animal mais reste très dark et, vraiment, il m’a beaucoup plu.
J’ai également bien aimé « Noctambule » créé cette année 2022 par Ane Ayo. En général, j’en ai un peu assez des rose et oud mais je me suis laissé guider par Loanne et je pense qu’elle a eu raison car ce parfum est d’une rare délicatesse il faut bien l’avouer. C’est un parfum qui va droit au but et qui s’ouvre sur une très belle infusion de rose centifolia à la fois opulente et délicate puis, au coeur, la parfumeure a voulu, par un accord très tenace, recréer l’odeur d’un papyrus rêvé qui m’a beaucoup plu et qui s’est renforcé avec le fond d’essence de oud de Malaisie. « Lorsque le douzième coup de minuit retentit, Noctambule révèle sa part d'ombre et de mystères dans l'Hôtel Particulier Givenchy. Cet oiseau de nuit guide ses invités dans son boudoir pour poursuivre les réjouissances jusqu'à l’aube ». Je ne suis absolument pas certain de pouvoir porter ce parfum que je trouve un peu trop opulent pour moi mais j’ai aimé la composition et, contre toute attente, il m’a semblé que, derrière un sillage très imposant, se dessinait la délicatesse d’une composition bien facettée et très étonnante. Franchement, c’est l’une des plus belles associations rose et oud qu’il m’ait été donné de découvrir.
Je me suis découvert une âme de « pêcheur de perles » en sentant cette collection. J’ai mis de côté mes à-priori et je me suis concentré sur mon plaisir olfactif sans idée préconçue. Je remercie chaleureusement Loanne qui a su vraiment bien faire vivre ces parfums et me donner envie d’en découvrir un, deux, trois… presque tous. Je trouve, globalement, la collection réussie même si je ne suis pas sûr que l’une des création soit pour moi. Je les ai découvert comme une expression artistique ce qui est rare avec les collections privées que je trouve souvent trop convenues.
Stop ou encore ?
Lors de ce séjour à Paris, j’en ai aussi profité pour réessayer des parfums que j’avais beaucoup aimés les fois précédentes pour voir si je confirmais mon impression ou si je ne retrouvais pas l’émotion qu’ils avaient pu me donner la première fois. Alors, seront-ils à ajouter sur ma wishlist ou non ? La réponse à travers ces quatre choix. En tout cas, je les ai redécouvert avec beaucoup de plaisir et d’intérêt et je vous donne déjà un élément de réponse en vous disant que ce sont quatre très beaux parfums qui explorent des univers olfactifs différents.
Je l’ai largement dit mais j’aime vraiment beaucoup les création de Stéphanie de Bruijn pour sa marque éponyme et j’avais eu un coup de coeur particulièrement pour « Antigone », « Montaigne » mais surtout « Le Sully » qu’elle a créé en 2020 et qu’elle décrit ainsi : « Nommée d’après le duc de Sully, qui prêta son nom au majestueux pont parisien, j’ai créé cette eau de parfum sophistiquée qui associe avec une insolente élégance le poudré de l’Iris à la puissance du benjoin, de la vanille et de l’ambre. Aussi intrépide que son homonyme, cette fragrance au caractère bien trempé saura souligner votre présence avec passion et noblesse ». C’est un parfum qui allie tout ce que j’aime, un départ poudré et doux d’iris et de. bergamote, un coeur de gardénia épicé de bois de réglisse et un fond ambré avec des notes de benjoin et de vanille. Très franchement, je l’ai aimé autant que les premières fois et je le trouve vraiment d’un chic « à la parisienne » mais j’ai également redécouvert « Montaigne » que Stéphanie de Bruijn a également créé en 2020 et dont elle parle avec ces mots : « J’ai voulu créer un capiteux oriental qui vous envoûte de ses senteurs de Pêche et de jasmin et vous offre ses fleurs de Rose à la tendre Violette. Séducteur, il ose les notes effrontées d’Ylang Ylang, de santal et de Patchouli avec une pointe d’ambre et de vanille pour vous donner envie de le suivre pour prendre le thé au Plaza Athénée. Quintessence de la Parisienne, toujours élégante et pourtant si sensuelle… ». Un départ pêche et de cassis, un coeur jasmin, rose, ylang-ylang et violette et un fond patchouli, santal, ambre et vanille. Très franchement je l’ai trouvé vraiment original et très addictif. De ce fait, entre les deux, mon coeur balance. Ce sont deux parfums très différents mais avec une même signature. Il faudra vraiment que je réessaye les deux mais ils me plaisent beaucoup. Je les trouve super élégants.
Créé par Émilie Bouge en 2010, « Farah » de Brécourt est un oriental autour duquel je tourne depuis longtemps. Je pense qu’il est à nouveau en stock en 50 ml après une très longue interruption. La marque le décrit ainsi : « Le patchouli d’Indonésie s’affirme au travers d’une note plus rarement utilisée dans la composition des féminins : la cannelle Ceylan. L’accord de la datte, un mélange de baumes (benjoin Siam, ciste-labdanum), et la fève Tonka pour l’addiction, magnifie la féminité, et transporte vers ce lieu lointain qui fascine l’inconscient collectif masculin ». Il fait partie de ces parfums qui m’ont réconcilié avec cette famille olfactive. Il s’ouvre sur des notes de cannelle et de bergamote très audacieuses et enveloppé du côté un peu cuir du styrax puis le coeur confirme cette impression avec des notes de cuir (encore !) de cèdre et de datte confite. Le fond autour du patchouli, avec des versants benjoin, muscs, tonka et labdanum est tout simplement magnifique. Très franchement, il fera partie de mes choix très bientôt surtout qu’il existe à nouveau dans un conditionnement qui me convient bien et que son prix est très raisonnable. Celui-ci, c’est certain, il sera sur la wishlist ! J’ai adoré ce parfum dès que je l’ai découvert et pourtant, il n’entre pas bien dans mes goûts habituels. Il va falloir que je franchisse le pas.
Avant de découvrir « French Flower », je n’avais pas vraiment d’affinité avec la maison Matière Première créé cette année 2022 par Aurélien Guichard mais mon goût pour la tubéreuse m’a conduit à y revenir. « Créer un bouquet de tubéreuses, constitué d’absolu et d’enfleurage de pétales de tubéreuse. Le gingembre Nigéria amplifie la blancheur de la fleur. L’essence de feuille de thé de Chine et un accord poivre vert et de poire soulignent le caractère végétal de cette fleur toute en tige ». Je dois dire que j’ai beaucoup aimé l’idée et que je trouve le côté vert du travail de cette tubéreuse atypique très agréable mais le prix du flacon m’arrête un peu. Je reconnais les qualités de la création et la beauté des splendides matières premières mais je n’ai pas forcément retrouvé l’émotion qui m’avait assailli la première fois que j’ai pu le sentir. Très honnêtement, je n’avais pas mis ce parfum dans mon top 2022 parce que je n’étais pas sûr de ce qu’il me faisait ressentir et, clairement, et même si je le trouve objectivement (si c’est possible), très très beau, je crois que je vais passer mon tour. En effet, je n’ai pas vraiment le coup de coeur, c’est inexplicable mais c’est ainsi.
« Un parfum aussi élégant que sophistiqué. Dès la première note, une fraîcheur verte et pétillante de pamplemousse et de rhubarbe éveille les sens, rapidement soutenue par un accord floral et subtil de frésia, de fleurs de lotus et de rose, apportant au parfum une sensualité inouïe, tout en douceur. La puissance du musc ne se fait pas attendre et vient s'accorder au précieux santal et à l'envoûtant patchouli en une parfaite symbiose… ». Le dernier parfum que j’ai voulu réessayer a été créé pour Jul et Mad par Dorothée Piot et a pour nom évocateur « Terrasse à St-Germain ». Il m’avait beaucoup plu dès la première vaporisation avec son départ de pamplemousse, de mandarine et de rhubarbe, son coeur de rose, de lotus et de freesia puis son fond de santal, patchouli et musc juste présent pour soutenir la fragrance. Je l’ai mis sur ma peau une fois encore et je dois dire qu’il me plait bien. Il est tout en légèreté et, en même temps, je le trouve assez tenace. Il me semble que c’est une concentration extrait de parfum. Il a une longévité et un développement que je ne lui imaginais pas. J’aime vraiment beaucoup le coeur floral et je dois dire que, dans l’idée, je le porterais facilement. Il me convient parfaitement et je pourrais tout à fait le porter pourtant, je pense que je devrais encore l’essayer avant de me rendre compte s’il me plait vraiment. J’ai encore un doute sur le fait que ce soit un coup de coeur évident ou juste un joli parfum que j’aime sentir.
Vous l’aurez compris, le seul des quatre, voire cinq parfums que j’ai réessayé et dont je suis certain est « Farah » de Brécourt. Celui-ci, je suis catégorique, je pourrais complètement me l’approprier. Pour les autres, je demeure très dubitatif. En effet, il faut toujours « faire l’entonnoir ». Il y aura un Stéphanie de Bruijn c’est certain mais je suis indécis entre « Montaigne » et « Le Sully ». Les deux autres sont des options plus hypothétique. J’aime bien « French Flower » mais, pour moi, il y a d’autres tubéreuses plus en accords avec mes goûts donc je pense l’éliminer ce qui n’enlève rien à ses qualités et je pourrais dire la même chose de « Terrasse à St-Germain » mais j’en suis moins sûr. Pour l’instant, je le garde dans un coin de ma tête. Voilà pour ce petit exercice de style. J’espère qu’il vous aura plu.
"M V2Q", une trouvaille déroutante
Je l’aime et parfois je le déteste. J’ai découvert, grâce à Daria, chez Sens Unique à Paris, un parfum que je trouve tout à fait déroutant. C’est un cuir qui appartient à une marque à laquelle j’évite de trop m’intéresser car elle est vraiment très très onéreuse. Il s’agit de Puredistance qui « est une Maison de Parfum indépendante qui propose une collection de douze Parfums de Maître crées à Londres, Paris et à New York par des Maîtres Parfumeurs de renom. Puredistance est uniquement disponible en Extrait de Pure Parfum dont la concentration en huile de parfum varie entre 25 et 32 % » et ceci explique cela.
Antoine Lie
J’ai déjà découvert, lors de séjours à Paris. Renata, Daria et Victoria expliquent : « M V2Q est une nouveauté boisée et ambrée de 'Puredistance' qui vous rappellera quelque chose. C'est vrai, il s'agit d'une nouvelle réédition et d'une réinterprétation du parfum 'M', l'ancien hit de la marque. Laissant la lettre « M » et quelques éléments, le parfumeur a changé la formule, ajouté de nouveaux composés et lance le parfum non seulement comme un hommage au parfum précédent, mais comme un véritable chef-d'œuvre post-moderne. De la lavande et du poivre rose, ce parfum évolue vers l’accord visqueux du goudron de pin et de la cannelle, se transformant en vanille de Madagascar, patchouli et fève tonka. Un parfum enveloppant, élégant et moderne avec une touche ambrée inattendue ».
Lorsque Daria nous l’a présenté, elle nous a expliqué qu’il lui inspirait l’intérieur cuir de l’Aston-Martin de James Bond et j’ai trouvé ça très très bien vu. C’est un parfum dense, très marqué et créé par le parfumeur Antoine Lie. « Pour M V2Q, Antoine Lie a utilisé des ingrédients exclusifs : parmi lesquels, une qualité spéciale de lavande, de poivre rose, de cannelle et de sève de pin pour créer un parfum original et mémorable. M V2Q est doux, raffiné, puissant et lumineux. M V2Q est un extrait de parfum avec une excellente projection et longévité incomparable ». Il s’ouvre donc sur des notes de lavande et de fleur d’oranger très sèche et aromatique. Le coeur est construit autour du cypriol avec le côté résineux du pin, épicé par la cannelle et presqu’animal du jasmin. Le fond, très patchouli est cuiré par le labdanum et adouci par la fève tonka et poudré si on peut dire par le cèdre. Je ne sais pas si j’ai aimé « M V2Q » car je l’ai trouvé vraiment déroutant. À la vaporisation, il m’a énormément plu et, bizarrement, son évolution sur ma peau me laisse une impression plus mitigée. Parfois je le trouve sublime et à d’autres moments, il me dérange fondamentalement. J’ai été tout de même content de le découvrir car c’est cela aussi la parfumerie de niche, des univers clivants et même contrastés.
Moth & Rabbit ou le travail "sur commande" de Mark Buxton
C’est au Printemps Haussmann que j’ai découvert Moth & Rabbit, une maison dont j’entends beaucoup parler depuis quelques temps. Elle comporte actuellement 14 parfums créés par le parfumeur Mark Buxton. C’est un univers sombre, un peu provocateur voire provocant. Le postulat de départ des fondateurs de la marque Elke Filpes et Seong Nam Choi est celui-ci : « Des films sombres et réalistes de Mathieu Kassovitz, en passant par l’icône japonaise Takeshi Kitano, les parfums Moth and Rabbit se présentent comme des œuvres multi sensorielles qui reflètent les paysages oniriques des cinéastes. Les jus, issus des matières premières les plus nobles, sont habillés de flacons à l’allure minimaliste et nommés avec une touche d’humour ». On parle beaucoup de « La Haine » inspiré du film mais je dois dire que ce n’est pas celui que j’ai préféré. J’en ai sélectionné quatre qui m’ont parlé plus que les autres et je vais essayer de vous en parler.
« S'inspirant du film Blow Up de Michelangelo Antonioni sorti en 1966 retraçant la vie d'un artiste aux multiples addictions, ce parfum aux reflets narcotiques synthétise l'odeur de son atelier. Les épices et le camphre signent son odeur si spéciale »… J’avoue avoir été très dérouté par ce parfum et peut-être autant que par le film à l’époque où je l’ai découvert à l’Institut Lumière de Lyon il y a quelques années. C’est un cuir sombre, profond qui s’ouvre avec des notes d’absinthe et de safran puis s’enrichit d’un coeur de myrrhe, d’encens et de cèdre avant de se poser sur un fond labdanum, bouleau et ambre. C’est un parfum sombre comme de l’encre noire ou du goudron. Je pourrais le décrire comme un cuir de Russie sans mousse de chêne. C’est un parfum singulier, pas très facile à porter mais je trouve que Mark Buxton l’a un peu adouci avec le fond ambré. Il n’en reste pas moins très dark, un peu comme la marque… et comme le film.
« Duke of Burgundy » est le second parfum que j’ai retenu et c’est encore un cuir mais beaucoup plus rond, plus doux et plus lumineux car il s’ouvre avec des notes d’angélique, de pêche et de freesia puis vient le coeur de davana, d’osmanthus et de muscs qui s’arrondit encore avec des notes d’héliotrope et d’ambre. C’est un cuir amande aussi étrange que cela puisse paraître. La marque en décrit ainsi l’inspiration : « Duke of Burgundy reprend l'androgynie et la sensualité se dégageant de ce film sorti en 2014 sous la direction de Peter Strickland. De la finesse de l'angélique à la force d'un musc animalisé, ce parfum intrique autant qu'il attire ». Personnellement, je ne sens pas tellement les notes musquées et animales mais plutôt un côté rond et enveloppant. J’aime bien ce parfum, je pourrais, je pense, le porter. Il a quelque chose de très amande qui m’a un peu rappelé certains Serge Lutens par la dualité entre ombre et lumière.
Avec « Daisies », Mark Buxton s’éloigne du côté obscur de son inspiration. « Daisies reprend la révolte lancée par le film de Vera Chytilová en 1966 où deux jeunes filles se rebellent contre la société matérialiste. Le parfum évoque la fausse insouciance de la jeunesse avec un accord fruité et pétillant au coeur tout en douceur ». Le départ est très énergisant avec de notes de yuzu, de pomme verte et de pastèque arrondies par la cannelle. Puis le parfum évolue vers un coeur de jasmin et de vanille et un fond de muscs blancs et de patchouli. J’ai franchement trouvé « Daisies » très réjouissant et je ne suis pas loin de penser qu’il est peut-être celui que j’ai préféré. Il a comme quelque chose d’addictif et de joyeux. Je trouve que, pour une fois, Mark Buxton n’est pas noyé dans l’encens et la myrrhe et donne une lecture assez jolie et tendre de la parfumerie.
Mon dernier choix trouve son inspiration dans la musique : « Mood Indigo reprend les notes de Jazz de Duke Ellington qui bercent le film éponyme. Un parfum aromatique aux accents épicés qui laisse entrevoir une facette fleurie toute en subtilité ». Après une envolée de poivre rouge, de camomille associée au côté mentholé du géranium, le coeur floral de lys et de muguet vient comme un coup de vent et se pose sur un fond santal, encens et patchouli. Très franchement, je trouve que ce parfum est le plus réussi de la maison mais je ne peux pas dire qu’il me procure tellement d’émotion. C’est un parfum assez clair obscur, impeccable, original et très bien vu mais il ne me fait pas vibrer. Ceci dit, je le trouvais tellement bien fait que je ne pouvais pas ne pas en parler. Il faut dire aussi qu’il est peut-être un peu plus consensuel que les deux précédents.
Globalement, j’entends l’engouement pour la marque de beaucoup de perfumistas, j’en aime l’inspiration et la démarche artistique mais je dois dire que, comme souvent, le travail de Mark Buxton, même si je le trouve très beau, ne me provoque pas beaucoup d’émotions olfactives habituelles. Je suis vraiment content d’avoir exploré pour vous cet univers mais je ne me vois pas porter un parfum de cette maison… C’est curieux mais c’est ainsi.
Ouverture d'une boutique Le Labo à Lyon, une nouvelle offre et une bonne nouvelle
Il y a quelques jours, une boutique Le Labo a ouvert ses portes dans le deuxième arrondissement de Lyon et je dois dire que cette excellente nouvelle est, pour moi, une excellente occasion de revenir sur une marque que je connait depuis fort longtemps et que j’ai toujours bien aimée. Nichée au coeur de la Presqu’île, dans le bas de la rue Gasparin, à deux pas de la place Bellecour, elle est le premier point de vente de la marque en dehors de Paris et je dois dire que je suis vraiment content que Lyon ait été choisi. Alors qu’est-ce que le Labo ? C’est une marque créée en 2006, une collaboration avec des parfumeurs très talentueux (je citerai Michel Almairac, Nathalie Lorson, Daphné Bugey, Frank Voelkl, Francoise Caron, Barnabé Fillion, Maurice Roucel, Vincent Schaller, Annick Menardo, Mark Buxton, Yann Vasnier et Alberto Morillas), c’est surtout, à ce jour, 19 fragrances, qui si elles portent tout simplement le nom de leur matière première principale, ne sont jamais là où on les attend, c’est enfin une démarche et des valeurs éco-responsable avec des flacons que l’on peut ressourcer. J’aurais pu revenir une fois encore, sur les trois parfums que je connais le mieux, « Lys 41 », « Bergamote 22 » et surtout « Tonka 25 » qui est le dernier pour lequel j’ai craqué mais j’ai plutôt décidé, pour fêter la bonne nouvelle qu’est l’ouverture de la boutique lyonnaise, de demander à Laura, qui m’a remarquablement bien reçu, de me faire découvrir cinq fragrances que je ne connaissais pas ou peu. L’article sera donc un peu plus long que d’habitude mais je ne suis pas parvenu à ne choisir que quatre créations et j’espère que vous le lirez jusqu’au bout et que vous aurez envie d’aller mettre ou remettre votre nez dans les très beaux parfums de cette marque tout à fait atypique dans lesquelles les matières premières principales ne sont jamais là où on les attend.
Le premier parfum que j’ai eu envie de sentir est « Ylang 49 » créé par Frank Voelkl en 2015 car, j’ai pour cette matière première, une certaine prédilection. Attention, ce n’est absolument pas, à l’instar des autres créations de la marque, un solinote et on remarque que les 49 autres notes qui le composent prennent tout à fait leur place. En fait, et je voix que la marque le confirme, j’ai surtout ressenti ce parfum comme un chypre floral à la fois très exotique et d’une élégance presque à l’anglaise. La marque le décrit comme une promenade dans les bois, où nous croiserions des bouquets floraux. Dans cette création vraiment très stylisée, on retrouve des notes d’ylang-ylang et de gardénia dans la construction classique d’un chypré avec, sans doute un départ de bergamote et un fond, mousse de chêne, patchouli et vétiver. Je crois discerner aussi une note ronde et baumée. Pour moi, « Ylang 49 » est surtout un parfum sophistiqué et tout à fait élégant. Ce n’est pas, comme je m’y attendais, une invitation au voyage vers des îles lointaines à l’autre bout du monde mais plutôt un parfum d’écharpes qui m’a évoqué, je ne sais pas pourquoi, la côte sud de l’Angleterre et ses élégantes stations balnéaires. En tout cas, il rejoint mes parfums préférés, ce qui n’est pas une surprise car il coche toutes les cases de ce que j’aime.
Je n’étais pas tellement, à-priori, attiré par « Santal 33 » mais Laura, m’indiquant, comme je le savais, que c’était le best de la marque et un parfum totalement iconique. Je ne suis pas tellement fan du bois de santal et surtout je redoute son côté lacté voire même crémeux. Lancé en 2011 et toujours créé par Frank Voelkl, ce parfum m’a vraiment surpris. Curieusement, je ne l’avais jamais senti et vraiment il m’a emmené très loin de l’univers que je pensais y trouver. Certes la note boisée et douce du bois de santal est présente mais son association avec les notes poudrées d’iris et de violette le rend tout à fait singulier. « Santal 33 » a un côté frais dès l’envolée puis le côté poudré, voire même un peu fumé prend sa place. Je lui trouve une élégance vraiment singulière et je comprends tout à fait son succès car il est vraiment à la fois original et extrêmement facile à porter ce qui, pour moi, est l’essence même non pas d’un beau parfum mais d’un grand parfum. J’ai vraiment senti les notes de fond et je les ai trouvées complètement addictives. Je ne sais pas si je pourrais porter « Santal 33 » mais, artistiquement, il faut bien admettre que c’est une très belle réussite et que le parfumeur a su avec délice détourner cette matière première très employée en parfumerie pour une création très identifiable et qui déroutera les amateurs de santal tout en les ramenant vers lui.
J’ai eu un autre coup de coeur et il s’agit de « Patchouli 24 » créé en 2006 par Annick Ménardo. Là encore, j’ai été surpris. Certes, j’aime bien la matière première mais je ne l’avais jamais sentie découverte comme ça. Je pense que j’avais déjà senti ce parfum mais d’une manière un peu superficielle sans trop attendre la fin de son développement et j’étais un peu passé à côté. C’est un cuir, dark, très sensuel, attirant et délicat. Je le trouve particulièrement réussi il faut le dire. Annick Ménardo est talentueuse, on le sait mais, à chaque fois, elle arrive à me dérouter comme elle l’avait fait avec le parfum qu’elle avait créé pour Starck. Là, elle revisite non seulement le cuir mais aussi le patchouli en tant que tel. C’est une création lisible, dense, profonde et qui m’emmène dans les cabarets des années cinquante à Saint-Germain-des-Prés, allez savoir pourquoi… Je ressens la musique, un lieu d’art confiné où l’on fait des découvertes. La vanille adoucit le côté cuir sec et la complexité de la création m’a vraiment attiré. Je pourrais tout à fait m’approprier ce parfum car c’est un cuir patchouli déroutant, original, « très niche » (même si c’est un cliché) et je dois dire que je me suis fait vraiment plaisir en le découvrant. Pour moi, c’est une des belles réussites de la marque et je suis tout à fait séduit.
J’avais envie de découvrir « Labdanum 18 » créé par Maurice Roucel en 2006 depuis longtemps. Je ne le connaissais pas du tout et j’en avais pas mal entendu parler. Là encore, j’ai été très surpris. Alors, bien sûr, j’ai retrouvé les notes baumées et cuirées du labdanum d’une manière un peu plus évidente mais j’ai aussi senti le côté très ambré et musqué, opulent et poudré voulu par le parfumeur. C’est un vrai oriental comme on les aime. Il y a presque un côté benjoin même si la marque ne communique pas dessus. Il m’a fait penser un peu à l’odeur du Papier d’Arménie avant qu’il ne se consume. Élégant, tranché, très addictif, « Labdanum 18 » est vraiment plus évident que les autres parfums que j’ai choisi de découvrir ou redécouvrir mais je ne regrette pas de m’être plongé dedans car, vraiment, c’est une très belle création. Je pense qu’elle a ses adeptes (d’ailleurs j’en connais) et je dois dire que je le comprends tout à fait. Je suis, pour ma part un peu moins attiré par ce genre de parfum sur moi mais, d’une manière très systématique, je suis content de les sentir. Je trouve que « Labdanum 18 » a un côté vraiment très addictif et régressif mais cela est lié à mon histoire et à ma mémoire olfactive. En tout cas, une fois encore, j’ai été très attiré par ce parfum et j’y remettrai bien mon nez.
Le plus inattendu a été l’émotion que j’ai pu ressentir lorsque Laura m’a fait redécouvrir « Rose 31 » et pourtant j’aurai penser que j’allais l’aimer puis que ce parfum a été créé en 2006 par Daphné Bugey qui est quand même l’une des parfumeures dont j’aime le plus le travail. J’avais lu, dans une interview, que c’était d’ailleurs l’une de ses créations favorites. C’est une rose centifolia cachée, épicée, très androgyne avec vraiment un côté très cumin, un autre plus poivré et un fond presque cuir mais qui garde une certaine rondeur. J’ai adoré ce parfum sur ma peau. Il m’a évoqué vraiment le chic et la modernité. Je ne suis pas forcément un amateur de la reine des fleurs en parfumerie même si je me surprends, depuis quelques années, à porter des créations dans laquelle elle est travaillée en majeur. Notre nez change et nos goûts aussi. En général, je préfère les roses plutôt chyprées qu’épicées ou boisées mais il y a des exceptions et, curieusement, elles sont presque toutes signées Daphné Bugey. J’évoquerai « Much Ado About The Duke » qu’elle avait créé pour la collection des Portraits de Penhaligon’s et que je porte depuis déjà longtemps puis, « Rosa Carnivora » qui est sorti en 2022 pour la collection de Dries Van Notten. « Rose 31 » s’inscrit dans cette série des fleurs cachées et qui apparaissent parfois pour arrondir les épices plutôt que l’inverse. Sur ma peau, il est absolument magique et je pèse mes mots. Je parle rarement de chef-d’oeuvre en parfumerie mais « Rose 31 », selon mes goûts et mes critères, en est un !
Je me suis fait vraiment plaisir lorsque j’ai découvert ou redécouvert ces cinq parfums et il y en a 19 en tout sans compter la collection rare des villes donc l’ouverture de la boutique lyonnaise offre aux amateurs de parfums, non seulement beaucoup de possibilités, mais également une offre encore différente. Alors les lyonnais qui se baladent rue Gasparin, n’hésitez pas à pousser la porte, vous serez reçus avec beaucoup de passion et de simplicité et vous ferez, comme moi, de fort belles découvertes. Je sais, je sais, ça a l’air d’être de la publicité mais mes mots traduisent surtout un certain enthousiasme.
Nouveautés décembre 2022
Il y a plusieurs nouveautés que je n’avais pas eu l’occasion de découvrir avant mon dernier séjour à Paris. C’est désormais chose faite. Je vais essayer de vous faire un petit compte-rendu de mes impressions et peut-être de mes coups de coeur. En effet, de belles choses, il y en a. J’ai pu aussi être déçu par d’autres découvertes dont j’attendais pas mal mais, comme toujours, mon avis n’a absolument pas valeur de critique, ce n’est qu’un ressenti et un également une adéquation ou une inadéquation avec mes goûts. Je vais être peut-être parfois un peu tranché mais que cela ne vous empêche pas d’aller sentir et peut-être même d’exprimer un désaccord. Je vous y engage car, une fois de plus, je n’ai pas la science infuse et et je ne veux absolument pas être didactique. Rien n’est plus subjectif que notre ressenti face au parfum donc… Allons-y.
« En été, les effluves des jardins de Highgrove s’élèvent de la terre chauffée par le soleil. Les notes herbacées se mêlent au tilleul argenté, au mimosa et au cèdre frais. Une eau de parfum créée en collaboration avec les jardins de Highgrove ». Après la disparition de sa mère, la reine Elizabeth II il y a quelques mois, le prince de Galles est devenu le roi Charles III ce qui a quelque peu changé le visage de la cour d’Angleterre. Plusieurs mois auparavant, il avait collaboré avec la maison Penhaligon’s, fournisseur officiel de la maison royale, à l’élaboration de « Highgrove Bouquet » créé par Julie Pluchet qui devrait arriver en France très prochainement, probablement courant janvier. J’avais très envie de le découvrir en avant-première et je remercie chaleureusement toute l’équipe de la boutique parisienne de la rue des Francs-Bourgeois. J’ai, non seulement pu le sentir mais aussi l’essayer car on m’a offert deux échantillons. C’est donc en le portant que j’écris cet article. Je dois dire que la simplicité de la création dont le nom est comme un clin d’oeil au « Blenheim Bouquet » emblématique de la marque. Le départ est double avec le côté suave de la fleur de tilleul associé au géranium puis, en coeur, le mimosa, poudré, très végétal, prend toute sa place avant de se poser sur un fond de bois de cèdre. J’ai trouvé la fragrance lisible, élégante et assez limpide. Je dois dire qu’elle m’a séduit. Je pense que je suis content qu’il y ait enfin une nouveauté dans cette collection classique qui, depuis quelques années semble se réduire comme une peau de chagrin. « Highgrove Bouquet » est une belle réussite et je lui souhaite beaucoup d’utilisateurs.
« Rose Paris Rose » avait été créé par Karine Vinchon Spehner pour la collection de Memo (que je ne connaissais pas mais que j’ai peu découvrir en partie dans laquelle j’ai eu un coup de coeur dont je vous parlerai prochainement) et il est intégré à celle des Fleurs Bohèmes avec un nouveau packaging (et un prix moins élevé). Il est donc devenu une nouveauté pour beaucoup d’entre-nous et notamment pour moi. La marque le décrit ainsi : « À la fois scintillante, miellée et suave, rose paris rose exalte le souvenir de Paris : sa lumière offerte par les notes d'agrumes, le rêve se poursuit par une sensuelle brassée de roses réchauffée par l'huile de gaïac et l'essence de davana ». C’est une rose, un peu solinote mais, si elle est assumée, elle est bien plus complexe qu’il n’y parait. À la vaporisation, on attrape les note de pamplemousse, d’orange, de bergamote, de cannelle, de fleur d’oranger de petit grain et d’essence de rose puis, en coeur le baume du Pérou se même à l’essensce de Davana. Le fond, cèdre, patchouli, muscle et bois ambrés se pare du côté poudré et gourmand du bois de gaïac. Très honnêtement, ce n’est pas un coup de coeur. C’est une belle rose chyprée, intéressante, facile à porter et à s’approprier mais vraiment je trouve que le manque d’originalité n’est pas tout à fait compensé par l’élégance de la fragrance. Pour moi, c’est un peu une déception. Vous savez, j’ai ressenti une impression de senti et re-senti et je ne suis donc pas tellement séduit. C’est ainsi. Il n’en reste pas moins que « Rose Paris Rose » est un beau parfum mais je trouve le rapport qualité prix un peu insuffisant.
C’est une « Peau d’Âne » Inattendue et presque subversive que nous propose Anaïs Biguine dans la collection La Pléiade de Jardins d’Écrivains. J’en attendais beaucoup et je dois dire que je ne suis pas déçu. Elle décrit ainsi sa création : « Entre Charles Perrault et Jacques Demy se joue l'exercice d'interprétation et la magie qui perdure. Entre l'éclat des parures et le charme souillon se glisse l'inspiration d'un parfum qui m'enchante particulièrement ». Attention, la parfumeure et directrice artistique de la marque n’a pas rendu hommage à une Peau d’Âne sage et un peu timide avec ce parfum unique, éclatant que la marque décrit ainsi : « Un parfum féerique et surréaliste à la chromie couleur du temps, saupoudré de farine. Sous une peau suave et animale se révèle un coeur phosphorescent. Les éléments surnaturels exhalent un genre de conte anachronique et enchanteur ». Il nous emporte, nous déroute, nous sors des sentiers battus avec son envolée de pin, de citron vert et d’iris, son coeur de farine, de labdanum et de carotte et son fond daim et patchouli un peu poudré par la note de cèdre. Sur moi, « Peau d’Âne », c’est un peu « je t’aime, moi non plus » durant l’évolution mais alors les notes de fond que j’ai pu attraper sont superbes. Il fera partie de mon top 20 2023, c’est certain. Il faut a-b-s-o-l-u-m-e-n-t le découvrir/
Il y avait déjà longtemps que Maître Parfumeur et Gantier n’avait pas édité de nouveauté aussi étais-je très désireux de découvrir « Ambre Tibet » et c’est avec un grand plaisir que je me suis rendu dans la très belle boutique de la rue des Capucines. « Robes des moines couleur safran, statues en or, mandalas mystiques, textures, richesse des couleurs et des matières premières ont inspiré notre nouvelle création. Les notes envoutantes de l'encens et du santal sont accompagnées d'un délicat bouquet floral-fruité de géranium et de Davana sur un fond ambré de santal, vanille et muscs ». Après une envolée très surprenante et complexe de ciste, d’eucalyptus et de davana, le parfum se charge d’un coeur très dense s’encens, de rose et de patchouli. J’ai pu aussi identifier le côté mentholé du géranium ainsi qu’une note fumée puis le fond d’ambre gris s’est paré de vanille, de muscs blancs et de santal un peu doux et lacté. J’ai pas mal regretté que la marque n’ait pas communiqué sur le nom du parfumeur car je trouve que cette création est très belle. On a pas l’impression de sentir quelque chose que je connaissais. Je trouve que la dualité des notes un peu baumées et à la fois aromatique du géranium et de l’eucalyptus se marient merveilleusement avec le patchouli et les accents à la fois cuirés et minéraux de l’ambre gris. Précieux, luxueux, ce parfum s’adresse vraiment à celles et ceux qui veulent un parfum oriental d’une qualité exceptionnelle et avec une pointe d’originalité sans pour autant être difficile à porter. J’ai beaucoup aimé découvrir « Ambre Tibet » mais il n’est pas tout à fait un coup de coeur. Je le réessaye en écrivant et je le trouve peut-être un peu trop imposant pour moi mais il faut que j’insiste car, avec Maître Parfumeur et Gantier, on retrouve toujours sur la fin de l’évolution, une belle discrétion et une élégance sans la moindre faute de goût.
« Dans un petit coin de paradis, le soleil se lève, dans les hautes branches, les inséparables chantent la passion et la tendresse. A l’abri des regards, un jeune couple partage un moment hors du temps, à l’abri des passiflores. L’essence de Mandora et le fruit de la passion, somptueuse alliance de gourmandise, un voyage au cœur d’un paradis exotique, où chaque sens est un moyen de communication avec la nature. « Agapi » : les inséparables, la complicité ». L’idée de la relation entre deux roseicollis dans leur variété agapi née en Namibie me séduisait déjà dans l’idée et, franchement, lorsque j’ai eu la chance qu’on me présente ce nouveau parfum de la maison Le Couvent, j’ai été séduit par son côté à la fois lumineux et vraiment addictif. La peau et le parfums sont comme ces oiseaux inséparables, ils se marient sans que l’on s’en rende compte et deviennent des partenaires très étroitement liés. Dès le départ, avec l’essence de mandora, un agrume également appelé ortanique et que je ne connaissais pas, je suis attiré par une certaine fraîcheur exotique et solaire. Puis l’association, en coeur de l’ylang-ylang et des fruits de la passion ne peut que me séduire encore d’avantage. Ceci dit, c’est le fond, surprenant, étrange et presque complètement inédit d’ambroxan et de clou de girofle qui vient « finir » de me surprendre. J’ai adoré « Agapi ». Je pourrais tout à fait le porter. Je l’ai trouvé très réussi. Je regrette aussi que la marque ne communique pas le nom du créateur de ce très joli parfum vers lequel je retournerai quand il fera meilleur.
Dans la collection Black Alchemist, le parfumeur lituanien Aistis Mickevičius vient de sortir une nouveauté que j’ai eu l’occasion de découvrir lors de mon passage dans la parfumerie parisienne Sens Unique. Je ne connais pas la totalité de la marque mais j’ai exploré pas mal cette collection tournant autour des bois et je dois dire que, si elle ne me ressemble pas beaucoup, je la trouve particulièrement belle. « Drunk Impressionist » est le dernier né de la gamme et il ne fait pas exception à la règle. Construit autour du oud et de la mousse de cèdre avec des notes de labdanum, de patchouli, et un accord suède, ce parfum est très atypique. C’est un oud qui réussit à garder quelque chose de très élégant et de très épicé doux et froid à la fois. J’aime bien l’idée très étonnante. C’est un boisé vraiment original. J’ai énormément de mal à le décrire. Peut-être que j’y reviendrai si je trouve d’autres informations. Je ne peux dire qu’une chose : allez le sentir et découvrir l’univers de cette collection. Je crois que je ne pourrais pas le porter mais je le trouve vraiment intéressant.
J’aime beaucoup le travail d’Euan McCall et particulièrement pour Senyokô mais j’avais été dérouté, l’an dernier, par « Hora de la Verdad » que je trouvais vraiment très difficile et très animal or je ne connaissais pas du tout sa version « Sombra » qui vient de sortir et que je trouve encore plus goudronné, plus animal et plus cuiré. Il s’ouvre sur des notes de poivre blanc, de thym, de safran et d’un accord de sang. Le coeur de rose de Turquie, de jasmin et de narcisse est très cuiré et floral à la fois. Le fond oud, labdanum, civette, mousse de chêne, musc Tonkin, castoreum, gaïac, bouleau et cèdre s’avère vraiment trop animal pour moi. Je reconnais que la création est très intéressante artistiquement mais je ne pourrais pas porter ce parfum. La marque le décrit ainsi : « Sa victoire s'estompe d'une belle mort et n'est plus marquée par les nuances de rouges les plus profondes barbouillées sur les ciels couchants. Cette nouvelle création incarne l'idée de "l'adrénaline perceptible" et le clair-obscur qui accentue le drame de la toile ». Tout est dit, ce nouveau parfum est subversif et, si j’aime bien ça, je ne pourrais absolument pas porter « Hora de la Verdad Sombra ».
Il y a un parfum que j’avais envie de sentir depuis que j’en avais entendu parler il y a quelques mois. Il s’agit de « Ink » le dernier opus créé par Olivier Cresp pour sa marque Akro dont le postulat de figurer en odeurs nos addictions. J’aime beaucoup la marque et j’en attendais beaucoup. Je remercie d’ailleurs Marion qui travaille pour la marque et qui a très bien su me le faire découvrir. Le parfumeur explique : « Tout le monde se souvient de son premier tatouage : la peur, la sensation, la montée d'adrénaline. C'est bien plus qu'une simple décoration corporelle ; c'est le souvenir d'une époque, d'un lieu, d' un moment fugace qui devient un souvenir permanent ». Il bouleverse la pyramide olfactive car le parfum s’ouvre sur un départ de bois de bouleau très sombre et goudronné mais éclairé par le côté végétal du cypriol puis le coeur de jasmin, très discret vient s’ajouter à cette fragrance qui se pose finalement sur un fond de vétiver, d’ambroxan et de muscs. La marque le décrit ainsi : « Froid, séduisant, avec des notes d'encre noire, de goudron, de vétiver et de jasmin, Ink est un parfum qui vous transportera le jour de votre premier tatouage, quand vous le souhaitez ». J’aime beaucoup ce parfum qui m’a emmené vers l’enfance, le stylo à plume et les taches voulues dans le bois ou le buvard. J’ai adoré cette sensation de la tache d’encre et je la retrouve ici en odeur. « Ink » est un très beau parfum. C’est une véritable réussite pour moi. Je ne sais pas si je pourrais le porter car il est particulièrement opulent mais il me plait vraiment beaucoup.
Avec son portrait de Juliette Récamier sur le flacon, je ne pouvais qu’avoir envie de découvrir « La Ravissante » la nouvelle création de la maison MDCI créé par Bertrand Duchaufour et qui s’ouvre sur une grenade juteuse, un poivre rose vraiment délicat, la force du citron caviar et la douceur de la poire. Ensuite le coeur de magnolia, aquatique et floral, un peu sec, de chèvrefeuille et de jasmin nous conduit sur un fond d’osmanthus un peu abricoté. J’ai adoré ce parfum. Pour moi, il est une complète réussite. Certes, il n’existe qu’en 75 ml et il et, au niveau prix, positionné sur une fourchette de prix haute mais il faut vraiment que je l’admette, je l’ai trouvé merveilleusement, délicieusement réussi et addictif. Il a su me séduire et, même si je l’apprécierai plus au printemps, c’est un fait, je l’ai trouvé complètement à la hauteur de mes espérances. La marque le décrit ainsi : « La beauté et l'intelligence du modèle, Mme Juliette Récamier, capturées par le Baron François Gérard en 1801, (original au musée Carnavalet à Paris), ont inspiré à Bertrand Duchaufour ce parfum floral, gourmand et envoûtant ». Je pense que tout est dit. Je comprends aussi l’inspiration car, comme je suis profondément lyonnais, le nom de Madame Récamier comme inspiration, me parle. Mécène, femme indépendante et en avance sur son temps, elle ne pouvait qu’inspirer l’un des parfumeurs les plus audacieux de notre époque contemporaine.
Je ne reviendrai pas dans cet article sur « L’Eau des Immortels » de Voyages Imaginaires et « Acrasia » de Beaufort car ils sont, pour moi, hors concours et je préfère leur consacrer un article comme je l’ai fait de pour le premier et comme je le ferai pour le second. En tout cas, je me suis fait très plaisir à les porter ces derniers jours.
Morph, un univers italien qui bouleverse les codes et les pyramides
Durant le séjour de décembre à Paris, j’ai découvert plusieurs marques et j’ai eu quelques coups de coeur pour des univers en particulier. Morph en fait partie et je remercie Jessica, fidèle lectrice de ce blog, d’avoir attiré mon attention sur cette très belle marque qui est, il me semble, d’origine italienne et qui a été lancée en 2016 avec la collaboration des parfumeurs Sofia Bardelli, Cristian Calabro, Maurizio Cerizza et Douglas Morel. Morph, c’est, à ce jour, 22 parfums répartis en 2 collections et je dois dire que j’ai pris mon temps avec la vendeuse de la boutique Jovoy pour les découvrir et en sélectionner quatre qui m’ont séduit tout particulièrement pour mon article. Je voudrais quand même mentionner que j’ai eu beaucoup de mal à me décider car chaque parfum est original, bien composé et il est une belle expérience olfactive. Je suis assez attiré par la marque et je dois dire que je suis content de l’avoir un peu explorée. Je n’ai pas été audacieux, j’ai sélectionné deux parfums de la Luxury Collection et deux autres parmi les Exclusifs. J’espère que je vous donnerai envie de découvrir cette très belle marque.
En explorant la Luxury Collection, je me suis arrêté sur « Arles » que son créateur Maurizio Cerizza décrit ainsi : « Un parfum qui raconte une histoire de fleurs et de liberté. Un paysage français, une collection de fleurs et de marchés d'épices orientales qui donnent vie à une formule secrète: quelque chose très spécial qui n'est pas pour tous » et il est vrai que l’accord est vraiment original. Je crois que je n’avais jamais senti un travail autour du magnolia qui apparait dès les notes de tête, renforcé par le lys et épicé du poivre noir et qui nous emmène sur un coeur de clou de girofle, de poivre rose et de pêche puis sur un fond d’ambre gris, de muscs et de vanille. Le côté aquatique du magnolia se marie vraiment très bien avec les épices pour donner des effluves complètement harmonieuses alors que, sur le papier, je trouvais l’accord vraiment déroutant et que je n’étais pas du tout certain qu’il fonctionne. Sur ma peau, il a presque un côté nénuphar piquant. C’est surprenant mais c’est comme cela que je le ressens. C’est un premier coup de coeur car, vraiment, je le trouve réussi et inédit.
Le second parfum est tout aussi déroutant et élégant. « Montmartre » est toujours créé par Maurizio Cerizza et il également complètement inédit. C’est un poudré qui s’ouvre directement sur l’accord iris et myrrhe et évolue sur un coeur presque minéral d’ambre gris arrondi par un patchouli très bien travaillé. Le fond d’encens et de muscs ne ressort pas du tout sur ma peau. Restent le côté ambré et poudré floral que je trouve d’une rare élégance. Le parfumeur en décrit ainsi l’inspiration : « Un hommage à la beauté brillante de Montmartre. Un parfum fascinant et précieux, mystérieux et enchanteur. Une potion d'iris, bois de cachemire et une pointe de bonheur ». Je trouve que ce parfum est un faux vintage et un vrai moderne. J’aime beaucoup cette dualité et cette inspiration que l’on a du mal à saisir comme l’atmosphère de ce quartier de Paris. Rendez-vous donc au « Lapin Agile », rue des saules, là-haut sur la butte.
« Cette fragrance résume le véritable concept d'une douceur équilibrée. Une rencontre éthérée de Rose, Muguet, Oud, Ylang-Ylang et Tubéreuse, pour un parfum qui séduit les sens ». Tels sont les mots du parfumeur Cristian Calabro pour décrire « Miyazawa », mon tout premier coup de coeur dans la collection Les Exclusifs. Je ne sais pas pourquoi mais le sentir m’a emmené dans une mélodie de Fauré. Il a comme un côté romantique un peu sombre et élégant mais qui va quand même susciter une émotion. Comme dans les autres créations, la pyramide olfactive est bouleversé avec un départ floral et poudré de muguet et de rose, un coeur d’ylang-ylang et de oud et un fond de tubéreuse. C’est un floral boisé atypique et troublant. Jamais le oud ne me dérange et jamais la tubéreuse et l’ylang-ylang ne dévorent les autres notes. C’est un parfum à la fois discret, un peu sombre et très chic. Son originalité m’a séduit et je me sens très attiré.
Mon coup de coeur dans la marque fait également partie de la collection Les Exclusifs et c’est un vrai floral. Il a pour nom « N°8 » et il a été composé par Douglas Morel qui le décrit ainsi : « Un voyage dans le temps pour découvrir les odeurs et les aromes perdus dans les ruelles étroites d'Unguja. Là, dans le vieux dispensaire au milieu de la magnificence des mosaïques, se trouve le secret de la vanille de Zanzibar. L'iris avec sa couleur violette se mélange à un cœur de roses de Damas. Une potion, une essence qui dépasse les limites de l'espace et du temps ». Il s’ouvre sur des notes très fraîches de muguet, d’iris et de lilas avant de se poudrer légèrement avec un coeur de rose et de violette puis un fond de vanille et de muscs. Comme tous les exclusifs, il est vendu dans sa concentration extrait de parfum et il est vrai que même avec une très faible dilution, il demeure ultra facetté. Si je dois le rapprocher d’une oeuvre d’un autre art, je dirai qu’il m’évoque un tableau de Pizzaro ou de Monet tout en délicatesse et en petites touches impressionnistes. En tout cas, sur ma peau, il est fantastique il faut bien le dire. Je pourrais tout à fait le porter.
Je pense que j’ai aimé tout ce que j’ai senti même si, d’instinct, j’ai un peu éliminé les pyramides olfactives trop éloignées de mes goûts. Morph est une vraie belle trouvaille. J’espère que la marque va fonctionner en France. Je n’aime pas trop le flaconnage mais les jus sont super bien travaillés, originaux et très surprenants. Il faut vraiment les sentir, les essayer sur la peau et se laisser porter par un univers italien et pas que. Cette maison fait partie des belles trouvailles que j’ai pu faire au cours de mes pérégrinations de cet hiver.
"Sherwood", une découverte en avant-première chez Memo
Lors d’un court séjour à Paris, j’ai exploré les parfumeries indépendantes, les grands magasins et les boutiques en nom propre ce qui m’a permis de découvrir pas mal de créations qui ont su séduire mon nez et, parfois, me provoquer quelques belles émotions. C’est le cas de « Sherwood » une nouveauté créée par Juliette Karagueuzoglou pour Memo et qui, avant son lancement national voire international en février 2023 peut-être découvert voire même acheté à la boutique de la marque qui se trouve dans la rue Cambon tout près de la place Vendôme. Avant de parler du parfum, je voudrais d’ailleurs rendre hommage à la gentillesse, la bienveillance et la disponibilité des vendeuses de la boutiques. Cette visite n’a pas été une exception à la règle. La jeune fille qui nous a reçu était adorable, très chaleureuse et charmante ce qui fait toujours plaisir car la décoration très élégante de la boutique et le quartier pourrait bien être un peu intimidant. Je referme la parenthèse mais je crois qu’il faut vraiment mentionner cela car ça fait du bien. Mais revenons à « Sherwood ». Juliette Karagueuzoglou le décrit ainsi : « J'ai créé une crème de bois de santal épicée et captivante. La signature boisée profonde et douce du bois de santal est rehaussée par la richesse du cashmeran sensuel et du bois de chêne précieux ». Pour cet hommage à Robin des Bois, le légendaire compagnon de Richard Coeur de Lion qui nous ramène dans les forêts anglaises du Moyen-Âge, la parfumeure a réinventé (et je pèse mes mots) le style boisé.
Juliette Karagueuzoglou
L’idée de ce parfum qui s’ouvre sur une très belle note de graine de carotte que j’aime beaucoup beaucoup et qui est associé à des notes de bourgeon de cassis, de poivre rose et de fleur d’oranger puis arrive le coeur de rose de Damas enrichi de bois de chêne et qui nous conduit sur un fond vraiment boisé et cocon autour du bois de santal et du cashmeran. J’ai beaucoup aimé l’équilibre de ce parfum qui, ne nous le cachons pas, s’adressera beaucoup aux amateurs de « Quartier Latin » supprimé par la marque. Pour moi, « Sherwood » est une très belle nouveauté. La marque le décrit ainsi : « Une crème de bois de santal, à la signature boisée profonde et suave sublimée par du bois de chêne upcyclé. Des bois crémeux teintés de rouge, facettés de bourgeons pétillants de cassis et d'un bouquet d'épices chaudes, dont le poivre rose fusant ». À propos du flacon : « L'assiette de Sherwood s'inspire du chêne major de la forêt de Sherwood et d'un clin d'œil aux flèches légendaires de Robin des Bois ». J’ai été très content de découvrir cette avant-première car je trouve qu’un boisé doux, lacté mais sans excès et rehaussé de notes de cassis et d’épices est assez inédit. Je peux dire qu’il sera vraiment attendu et avec raison car il y avait longtemps que je n’avais pas vraiment adhéré aux nouveautés de la marque. Juliette Karagueuzoglou me confirme que j’aime beaucoup sa signature. Pour moi, même si je ne sais pas si j’aimerais le portir, « Sherwood » est un parfum à sentir et à il faut y revenir encore et encore.
"Original Musk", le parfum mythique de Kiehl's
Il est un mythe plus qu’un parfum pour les amateurs et j’avoue qu’avant cette année, je ne connaissais pas du tout « Original Musk » de Kiehl’s en version eau de toilette. La marque a été fondée à New York en 1851. Son fondateur, le pharmacien John Kiehl, passionné de botanique, créait des formules à bases de plantes. Il revend sa marque en 1920 à Irving Morse, herboriste de formation qui crée « Original Musk Oil » qui sera décliné en eau de toilette en 1963 puis reformulé en 2004. Il y a quelques mois, grâce à un ami, j’ai eu l’occasion de sentir cette création dont j’avais toujours entendu parler pour la première fois et je dois dire que j’ai compris l’engouement des amateurs de parfums pour cette interprétation du musc animal vraiment très réussie voire même réaliste. Pendant quelques années, « Original Musk » a disparu du catalogue de la marque de produits de soins et, j’ai eu la chance, lors de mon dernier séjour à Paris, de le retrouver sur le stand de Kiehl’s du BHV Marais et donc, de me rendre compte qu’il avait été réédité. Je l’ai donc senti à nouveau et essayé sur ma peau. Je dois dire que j’aime beaucoup cette création à la fois un peu animale et vraiment cosmétique.
« Avec des notes de bergamote, de fleur d'oranger et - bien sûr - de musc, notre parfum iconique convient aussi bien aux hommes qu'aux femmes. Initialement formulé dans les années 1920, notre "filtre d'amour" emblématique a été réintroduit auprès de notre communauté en 1963 ». Après une envolée de bergamote, et de fleur d’oranger mélangée à une note crémeuse que je n’ai pas pu identifier, le coeur d’ylang-ylang, de lys et de rose s’enveloppe de néroli. Le fond, très réussi de musc tonkin réinventé se pare de fève tonka et de ptachouli. Je trouve ce parfum à la fois addictif et vraiment très sensuel. J’aime beaucoup le côté huileux qu’il a su garder en eau de toilette. Je pourrais le porter même s’il m’emmène très loin de mes goûts originaux. En tout cas, je comprends pourquoi il remporte un tel succès auprès des amateurs de parfums. Même s’il ne lui ressemble pas, il m’a évoqué la personnalité de « Aromatics Elixir » de Clinique qui, n’a aucun point commun avec d’autres créations. Ce sont deux parfums vraiment uniques et sortant des sentiers battus.
Décembre 2022 à Paris
Un séjour à Paris est toujours vraiment pour moi l’occasion de me promener dans les parfumeries et les grands magasins pour faire des découvertes parfumées ou pour retrouver des fragrances que j’avais pu remarquer la fois précédente et confirmer ou infirmer mes impressions. Je vous emmène avec moi dans ma dernière promenade, celle juste avant ce Noël 2022 que j’espère moins troublé que les précédents. J’ai fait plusieurs découvertes et redécouvertes. Je me suis sans doute fait aussi plusieurs envies, j’ai été au contacts de marques que je ne connaissais pas mais je le détaillerai plus tard. Pour l’heure, le but de cet article est de parler, de me remémorer et de vous faire profiter des parfums que je voulais sentir ou re-sentir, essayer ou réessayer afin de vous donner mes impressions. Alors je vous emmène avec moi dans les parfumeries et les grands magasins et nous allons explorer quelques créations en particulier…
Le premier jour, notre première visite a été pour Sens Unique, rue du roi de Sicile, en plein coeur du Marais et je dois dire que, lors de ce premier passage, je me suis surtout consacré à « Acrasia » que je voulais vraiment découvrir mais j’ai aussi voulu revenir sur « Attache-Moi Ici & Là » que j’avais beaucoup aimé lors d’une précédente visite. Créé par Shyamala Maisondieu en 2017, j’ai déjà évoqué ce parfum et j’avais fort envie d’y remettre mon nez. La marque d’Olivia Bransbourg est vraiment intéressante et ce parfum en particulier avec son départ de bergamote, de poivres noir et rose, son coeur de noix de muscade, d’ylang-ylang, de feuilles d’orange amère, de jasmin et de racine d’angélique puis son fond de cire d’abeille, d’irais, de cèdre, de mousse de chêne, d’encens, de vanille, de graine d’ambrette et de muscs est vraiment tout à fait dans mes goûts. La marque le décrit ainsi : « Un parfum dans la fluidité du temps, errance personnelle et géographique entre Paris et New York. Une explosion, une morsure et un rugissement voyageant à travers le temps et l'espace, des panaches cosmiques de noix de muscade et de piment et des teintes aigres-douces d'encens frappent comme le tonnerre au milieu de nuages de fleurs narcotiques. Comme tous les souvenirs perdus et retrouvés, son rendu est encore plus vivant ; les sentiments plus intenses comme deux amants alors qu'ils se réunissent enfin sous un ciel sombre ». Je l’avais beaucoup aimé la première fois et j’ai confirmé mon impression. Il correspond tout à fait à mes goûts et au côté urbain que je peux aimer dans un parfum mais, même si je le trouve vraiment très réussi, il n’est pas un vrai coup de coeur. Je remercie tout de même vraiment Daria de me l’avoir fait essayer à nouveau car, si je ne sais pas si je franchirai le pas, je me suis quand même senti très bien à le laisser évoluer sur ma peau.
D’un saut de puce, nous sommes allés saluer Antonio, rue D’Ormesson dans sa boutique-bonbonnière Marie-Antoinette car j’étais désireux de découvrir Lesquendieu, une marque qu’il vient de faire rentrer. Encore une maison ancienne puisqu’elle est née en 1903 qui vient d’être remise au goût du jour. Les flacons sont magnifiques et je trouve qu’ils sont présentés dans de superbes boites mais je dois bien admettre que j’ai trouvé la marque un peu trop classique (c’est d’ailleurs le postulat) pour mon goût. J’ai senti plusieurs parfums en me laissant guider par Antonio et je suis complètement tombé d’accord avec lui, celui que j’ai préféré est sans aucun doute « Cuir Vétyver » que son créateur Jérôme Lesquendieu décrit ainsi : « Le cuir, au coeur du savoir-faire Lesquendieu est une note très appréciée dans ma famille depuis des générations, elle sert ici de note de fond noble pour souligner la fraîcheur et la force du Vétiver ». Après un départ d’encens, de citron, de poivres noir et rose et de bergamote, le coeur de gingembre, de cassis, de cypriol, de pomme, d’ananas est enveloppé par le côté cuir du ciste puis le fond, basé sur la dualité d’un accord cuir et de vétiver renforcé d’ambre et de mousse vient poser le parfum. Classique, efficace, impeccable, « Cuir Vétyver » est le parfum de la marque qui m’a le plus séduit. J’ai trouvé le fil conducteur un peu sucré des autres un peu en dehors de mes goûts. Je dois dire que, lorsque je vais chez Marie-Antoinette, je préfère me concentrer sur le côté « caverne d’Ali-Baba » de la sélection d’Antonio et j’ai été un peu moins séduit par Lesquendieu dans son ensemble que par les précédentes découvertes que j’ai pu faire dans la boutique. En tout cas, je me suis fait très plaisir en remettant mon nez dans plusieurs créations de Parfum d’Empire que je n’avais pas pu sentir depuis longtemps et puis l’accueil amical et chaleureux d’Antonio est toujours, pour nous tous, un petit plaisir dont j’ai du mal à me passer lorsque je suis à Paris.
Un rendez-vous annulé, un coup de métro et nous voici partis à Tuileries, place Vendôme et, après un passage chez Memo rue Cambon et Maître Parfumeur et Gantier rue des Capucines, pour découvrir les nouveautés, nous voici chez Jovoy pour un premier passage. J’avais un peu travaillé en amont pour savoir ce que je voulais découvrir et redécouvrir car le nombre de références est tellement immense que je me serai un peu perdu. Nous avons étés très bien guidés et j’ai pu, après avoir redécouvert « Farah » de Brécourt, « Green Pearl » de Thameen et « Le Sully » ainsi que « Montaigne » de Stéphanie de Bruijn, je me suis concentré sur la marque Morph à laquelle je consacrerai un article entier et sur les deux parfums que je voulais découvrir, le premier étant « Source Diane » créé par Nathalie Feisthauer en 2021 pour la maison Joseph Duclos et qui est, il faut bien le dire, vraiment un coup de coeur. La parfumeure le décrit ainsi : « Muscs, cèdre et santal viennent donner du corps à cet elixir composé en l'honneur de Diane, puissant déesse chasseresse, souveraine de la nature à l'élégance toute royale ». Je dois dire que, dès la vaporisation, je suis séduit par la dualité entre la douceur acidulée de la bergamote et la note solaire de l’ylang-ylang puis par ce coeur de tubéreuse, de jasmin, de muguet, de pêche et de rose soutenu par un fond de cèdre et de muscs avec un accent ambré. La marque le décrit ainsi : « Source Diane nous plonge dans l'ivresse envoûtante de la tubéreuse. Muscs, cèdre et bois de santal donnent corps à cet elixir composé en l'honneur de Diane, la puissante déesse chasseuse et souveraine de la nature à l'élégance royale ». Pour moi, et je pèse mes mots, ce n’est pas un beau parfum mais un grand parfum. Plutôt estampillé féminin avec sa formule complexe complètement à contre-courant de ce qui se fait aujourd’hui, il m’a séduit et je pourrais le porter. C’est une création fine, luxueuse, adroite et particulièrement poétique. Vraiment, je suis séduit.
« Tel un pont entre l’orient et l’occident, la magie ancestrale et la modernité, cette fragrance fait se rencontrer des douces notes de cuirs et des notes très gourmandes. A la fois doux et velouté, sophistiqué et chatoyant, Byzance vous transporte dans son univers oriental voluptueux », tel est « Byzance » lancé en 2020 dans la collection La Route de la Soie d’Ormonde Jayne, une marque que j’affectionne beaucoup et à laquelle je consacrerai bientôt une revue. Une fois encore, je me suis laissé séduire par l’envolée de cassis et de baies roses adoucie d’une note lactée, le coeur de beurre d’iris et de cashemeran puis le fond de vanille et de mousse de chêne. Élégant en diable, dépaysant et un peu exotique, « Byzance » est vraiment un très beau parfum pour moi. J’aime bien ce genre de fragrances car je trouve qu’il y a une vraie notion de qualité lorsqu’il se développe sur la peau. Je ne sais pas comment expliquer cela mais vraiment je le ressens facilement. J’aime vraiment le travail des matières premières un peu en retenue mais toujours avec une subtilité parfaitement identifiable. Il faudra vraiment que j’écrive une revue sur la marque et je pense que « Byzance » figurera parmi mes préférences.
Après avoir découvert quelques nouveautés, nous avons fait une pause pour repartir, bon pied bon oeil si j’ose dire, le lendemain pour des découvertes parfumées. Direction donc le boulevard Haussmann et la rue Caumartin pour faire un tour dans les Grands Magasins et notamment au Printemps de la Beauté où le choix est particulièrement vaste. J’avais un peu peur des Grands Boulevards et de l’habituelle marée humaine que nous devons affronter en période de Noël mais c’était, finalement assez fluide. J’ai remis mon nez dans les deux parfums que j’aime chez Maison Rebatchi, j’ai nommé « Feu Patchouli » et « Cuir Tassili », également chez Stéphanie de Bruijn dont j’apprécie vraiment les créations et je me suis consacré sur les trois nouveautés de J.U.S. auxquelles je consacrerai un article ainsi qu’à trois marques que j’ai pu remarque et un tant soit peu explorer. Je n’ai évoqué ce passage que pour que vous puissiez me suivre. J’y reviendrai avec trois revues complètes de marques que j’ai trouvé intéressantes. Ressortis sur les Grands Boulevards, nous avons retrouvé notre amie Isabelle, cinéphile avertie et qui, de plus en plus se passionne pour l’art olfactif et que nous avions envie d’emmener faire un tour chez Jovoy. C’est elle qui m’a remis en mémoire une création que j’aime particulièrement chez Essential Parfums. Je veux parler de « Rose Magnétic » créé par l’excellentissime Sophie Labbé en 2018 et qui avait été un vrai coup de coeur à sa sortie. Le rapport qualité-prix en fait une vraie trouvaille et l’élégance de la fragrance m’a séduit à nouveau sans aucun problème. J’ai accès à ce parfum facilement à Lyon mais j’ai été très content de le redécouvrir. Il s’ouvre sur la douceur du lichi puis la rose, boisée par des notes poudrées de cèdre me séduit énormément et, lorsqu’il s’enrichit du côté poudré et musqué de son fond de vanille et de fève tonka, me voilà séduit. C’est un très beau parfum et je suis particulièrement content d’y avoir remis mon nez. Sophie Labbé en décrit vraiment l’inspiration de manière précise et je ne pouvais qu’adhérer : « Je me raconte toujours l’histoire d’un parfum avant de commencer à le créer. J’ai besoin de le mettre en mots. J’ai imaginé un duo de roses (Rose Essential et Absolu de Rose de Turquie) permettant d’exprimer toute la multiplicité et la sensualité de cette fleur, sur un fond captivant et vibrant de Musc. » La plus sensuelle de toutes les fleurs affiche toutes ses facettes dans cette création – joyeuse, addictive et moderne à la fois. Un soupçon de pamplemousse amer et de menthe poivrée contraste avec la féminité luxuriante de la rose. Une touche de litchi, de cèdre naturel, de musc et de gousse de vanille naturelle renforce son charme enivrant. Au cœur de Rose Magnetic, on retrouve une combinaison de Rose ™ LMR naturelle et de Rose Absolue LMR turc naturelle, toutes deux certifiées «For Life». Ces deux roses sont cultivées de manière durable, dans le but de fournir des salaires plus stables aux communautés locales ».
Le jeudi, nous avons passé la journée avec Marion de la chaîne YouTube Des Paons Danse Cent Heures et là, échanges, découvertes et bons moments de partages étaient, comme à chaque fois, de mise. Nous voilà donc repartis rendre visite à Daria qui était décidément de permanence chez Sens Unique, rue du roi de Sicile et qui est, décidément, ma boutique de prédilection. J’ai fait une découverte et une redécouverte chez Jul & Mad qui est une marque que, c’est vrai, je ne connais pas bien du tout. J’ai donc remis mon nez dans « Terrasse à Saint-Germain » que j’aime vraiment beaucoup et dont je vous ai déjà parlé mais j’ai surtout découvert un parfum qui m’a énormément séduit. Il s’agit de « Fugit Amor » « Véritable chef-d'œuvre, une sensation de pur plaisir chargé d’émotion Inspirée par un des plus beaux chefs-d'œuvre d'Auguste Rodin, cette fragrance unique et intrigante combine parfaitement le contraste entre l'aspect froid, rigide, épais et puissant du marbre et sa fragilité, sa chaleur, sa finesse, dévoilées sous la caresse de l'artiste… Une œuvre parfaite, chargée d'émotions explosives, nourrissant ainsi la flamme d'un amour interdit… ». Avec ce parfum créé par Stéphanie Bakouche en 2017, je me retrouve vraiment projeté dans l’atelier du sculpteur entre la poussière de marbre, les albâtres et les accents épicés ambiants. Pour reproduire cette impression et la rendre facile à porter, la parfumeure a imaginé un départ de poivre rose, de résine d’élémi, de cardamome, de gingembre et de cannelle, un coeur d’oeillet et un fond de vétiver, de cèdre, d’ambre et de muscs. Je dois dire que le côté froid et un peu poussiéreux m’a séduit complètement. C’est un parfum magnifique, d’une grande originalité et, en même temps, malgré son identité très marquée, très facile à porter. J’ai beaucoup aimé cette création et je me suis fait très plaisir à le découvrir. Il m’a donné envie de sentir un peu plus les autres créations de la marque.
Nous avons aussi décidé de retourner chez Perfumer H rue Vieille du Temple car je crois que nous avons bien aimé le travail de Lyn Harris et le super accueil de la toute jeune équipe de la boutique du Marais qui semble rencontrer, et ça m’a fait plaisir je dois le dire, un beau succès depuis son ouverture au printemps dernier. J’avais envie de redécouvrir « Cucumber » créé par la parfumeure en 2020 que j’avais beaucoup aimé cet été. « Les bois verts frais sont associés au concombre discrètement sophistiqué dans cet esprit Cologne propre et transparent pour une nouvelle approche des soirées d'été ». Le parfum s’ouvre sur une note fraîche et croquante de concombre associée à la bergamote, au citron, à la pastèque et au pamplemousse puis, en coeur une très belle qualité de néroli de Tunisie se pare du côté vert d’un galbanum très présent avant que le socle de vétiver et de cèdre ne fasse tenir la fragrance. J’aime vraiment beaucoup cette création. Je la porterai cet été je pense. Elle ne ressemble à rien d’autre et je trouve que Lyn Harris, comme à son habitude, a bien su composer un parfum à la fois original et très facile à porter. Je retrouve parfaitement sa signature.
Il y a eu d’autres belles découvertes lors de cette journées mais j’en parlerai dans des revues plus complètes. En tout cas, ce séjour à Paris a été riche, non seulement olfactivement mais aussi humainement avec plein d’échanges et de partages. Je trouve que c’est aussi cela la parfumerie, une passion propice à toutes les interactions.
Rose, quand tu nous tiens
Lorsque j’ai commencé la rédaction de ce blog, j’avais consacré un article un peu interrogatif à la reine des fleurs en parfumerie, j’ai nommé la rose. Entre elle et moi, c’est un peu « je t’aime, moi non plus ». Certes l’odeur des pétales des différentes variétés me plait plus ou moins mais je dois dire que je n’ai pas encore franchi le pas d’une fragrance qui met cette note à l’honneur d’une manière franche. Dans le premier opus, j’avais décidé de faire un survol de différentes « roses » que j’aimais bien sentir en parfumerie (de niche pour la plupart) telles « Rose de Mai », un jus imaginé par Jean-Claude Ellena pour Perris Monte Carlo, « Odora di Femina », composé par Stéphanie Poulage pour sa marque éponyme, « Man Rose », créé par Mathieu Nardin pour la maison italienne Etro et, merveille des merveilles, « Elisabethan Rose », l’une des très belles interprétations pour la marque anglaise Penhaligon’s qui est, sans doute, l’une des « roses » que je préfère sur le marché. C’est en découvrant le magnifique « Rose Milano », inventé par Daphné Bugey et Marie Salamagne pour la collection privée de Giorgio Armani découvert à Paris (dont je vous ai parlé il y a quelques jours) et en re-sentant, récemment, « Rose of No Man’s Land » de Jérôme Épinette pour Byredo que j’ai décidé de me remettre au travail et de parler de cette « reine des fleurs » si intrigante au travers de cinq autres créations.
Comme tous les créateurs de parfums, Marc-Antoine Corticchiato a également travaillé la note de rose dans plusieurs parfums. Je crois qu’il a un faible pour une interprétation chyprée de cette fleur dans « Le Cri de la Lumière » évidemment mais également et avant tout, dans « Eau Suave » que j’ai porté très longtemps et qu’il avait imaginé en pensant à ce qu’aurait pu porter l’impératrice Joséphine. Je crois que c’est le côté à la fois chypre et « rose cachée » qui m’a séduit de prime abord et me l’a rendu facile à porter. L’ouverture est un peu piquante avec le safran, la coriandre et le coeur plus rond avec des notes de pêche, de framboise mais aussi piquant avec le poivre qui viennent cacher une rose hybride un peu singulière. Le fond du parfum est résolument chypré avec cet accord mousse de chêne et patchouli traditionnel enrichi d’une pointe de vanille et de muscs blancs. C’est drôle mais « Eau Suave » est difficile à décrire tant il est duel. Parfois complètement fleuri, parfois résolument chypré, il m’a tout de suite séduit et je l’ai porté avec facilité.
Élève d’Edmond Roudnitska, disparue vraiment trop tôt, Nathalie di Orio dite « Mona », a créé en 2012 sans doute l’une des roses les plus singulières et incroyables qu’il m’ait été donné de sentir. J’ai consacré à la parfumeuse un article mais je n’avais pas insisté sur ce parfum qu’un de mes amis a beaucoup porté dans sa version originale et j’avais eu bien tort. Le départ de pêche et de bergamote est amandé par la fleur d’héliotrope. Le coeur de rose de Bulgarie et de Turquie est rehaussé d’une note de géranium enveloppante et d’une autre, épicée, de clou de girofle. Le fond de patchouli, de cèdre de l’Atlas et de Virginie et de baume du Pérou est absolument incroyable et délicatement renforcé par le benjoin. Je n’avais jamais rien senti de pareil. Rose cosmétique, excentrique, élégante et vraiment singulière « Rose Étoile de Hollande » est sans doute l’un des parfums les plus incroyables qu’il m’ait été donné de découvrir. Porté avec audace, il est d’un chic rare. Il faut pouvoir l’assumer mais vraiment c’est une merveille.
En 2016, Daphné Bugey a créé deux parfums « rose », « Much Ado About the Duke » pour la collection des portraits de Penhaligon’s et que j’ai eu la chance de porter complètement par hasard et « Arcana Rosa 9 » pour la collection botanique de l’Artisan Parfumeur. Si le premier est sec et poivré, le second est boisé et opulent. Ce sont deux interprétations qui, au départ, peuvent sembler assez proches mais qui, finalement, ne se ressemblent pas forcément. « Arcana Rosa » a des accents vraiment de forêt avec presque un côté oud. La rose de Bulgarie utilisée est particulièrement opulente et elle est associée au vétiver, au cèdre, à la baie de genièvre et au ciste. Je trouve que l’ensemble n’est pas forcément évident pour moi et je reconnais qu’il est sans doute l’un des seuls parfums de la collection que j’aurai du mal à m’approprier mais je dois dire que je le regrette car j’adore le sentir. Il a quelque chose de vraiment singulier et unique. Nous sommes loin de la rose que la parfumeuse avait créée pour Le Labo que je trouvais d’une grande pureté. Celle-ci est intense, mystérieuse, sombre et veloutée. C’est une curiosité à découvrir et à apprivoiser.
Il est nombre de roses sur le marché. J’aurais pu vous parler de « Une Rose » créé par Edouard Féchier pour Frédéric Malle ou, dans la même marque de « Rose & Cuir » de Jean-Claude Ellena ou encore de la très opulente « Rose de Taïf » de Perris Monte Carlo par exemple… J’en ai encore plein en tête. Il faudra peut-être un troisième article ! En tout cas, j’ai essayé d’aller de la rose la plus florale et évidente à la plus incroyable. Qu’elle soit travaillée de manière consensuelle ou dotée d’un caractère un peu difficile à aborder, cette « reine des fleurs » offre des possibilités immenses qu’elle soit utilisée en tête, au coeur ou en note de fond (comme dans nombre des parfums imaginés par Ernest Daltroff pour Caron au début du XXème siècle), elle est là, présente, formidable ou dérangeante et lorsqu’elle domine les notes d’une fragrances, elle séduit ou elle rebute mais elle ne laisse pas indifférent.
"Fidji", comme un parfum de mon enfance
La version extrait de parfums de "Fidji"
De l’enfance, nous avons tous gardé des souvenirs d’odeurs, de couleurs, de paysages et tout est un peu lié. Pour moi, c’est un peu le gâteau de Savoie que préparait l’une de mes grand-mères pour les anniversaire et qui cuisait dans le four, les acacias européens appelés robiniers en fleur pendant que je suivais le Festival de Cannes à la télévision, les lilas des trois couleurs qui ne m’entêtent jamais ou encore l’odeur un peu « pétrole » du métro lyonnais. C’est un peu pareil pour les parfums. Les tous premiers que j’ai pu sentir étaient bien évidemment ceux de ma mère. Il y en avait deux : « Shalimar » de Guerlain l’hiver et surtout « Fidji » de Guy Laroche l’été que j’ai toujours beaucoup aimé. C’est de cette création que j’ai eu envie de parler car j’ai trouvé plein d’informations et je dois dire que j’ai appris des choses en faisant des recherches.
L'eau de toilette
C’est en 1966 que Robert Salmon, directeur du marketing de Lancôme commande un parfum à la créatrice américaine d’IFF Joséphine Catapano. Il voulait que la marque ait « sa » version de « L’Air du Temps » qui était un énorme succès chez Nina Ricci. Karine Lebret, directrice de la création des parfums chez Loréal aujourd’hui propriétaire de la marque explique : « l'objectif était de concevoir un parfum floral, dans le sillage de L'Air du temps de Nina Ricci mais en plus moderne. La force de Fidji est de marier les contraires, il est frais et solaire, doux et racé, tout en exhalant une élégance foudroyante. Non seulement il a popularisé une toute jeune famille olfactive, les floraux verts chyprés, mais c’est le premier parfum dont l’univers s’ancrait dans l’exotique, le lointain ». Tout aurait pu aller comme sur des roulettes mais il n’en fut rien. En effet, ce n’est que sept ans plus tard que le parfum sortira et ce ne sera pas chez Lancôme mais pour la maison de couture Guy Laroche sous le nom de « Fidji » en trois concentrations.
L'eau de parfum
Le slogan de « Fidji » est : « La femme est une île, Fidji est son parfum » et je vous joindrai, en fin d’article, l’un des spots publicitaires a été tourné pour l’illustrer. Mais parlons du parfum, de ce qu’il sent, de sa construction et de son élégance. C’est un chypre qui est imaginé comme un hommage à « L’Air du Temps ». Dans sa version eau de toilette, toujours disponible aujourd’hui, il s’ouvre sur une envolée de bergamote et de citron, poudré par des aldéhydes et rendu vert et floral par le galbanum et la jacinthe puis, au coeur, arrive un bouquet de rose, de jasmin, d’iris et d’oeillet rehaussé de clou de girofle. Le fond est fondé sur l’accord traditionnel de mousse de chêne de patchouli et de vétiver avec des notes d’ambre gris, de muscs blancs et de santal. Pour écrire cet article, je suis allé le redécouvrir et je l’ai même posé sur ma peau. Je me suis rendu-compte que je le retrouvais bien et même que je pourrais quasiment le porter. Ce parfum m’évoque l’enfance, l’adolescence, les départs en vacances vers la Méditerranée en famille, les soirées au bord de la mer mais aussi la rentrée des classes, je ne sais pas pourquoi. Pour moi, il est un composite de tout ce qu’était mon enfance. Comme quoi, le parfum d’une mère est quelque chose de très tenace. Le plus étonnant est que ce parfum, je l’aime toujours et encore. Il existe toujours et je crois qu'il est toujours un succès.
Joséphine Catapano
Le saviez-vous ? Le parfum qui, à l’origine, devait sortir sous le nom de « Fidji », n’est pas du tout celui que nous connaissons. J’ai découvert, il y a quelques années, lorsque j’ai rencontré Michel Roudnitska, qu’en fait, c’est un parfum que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de « Le Parfum de Thérèse » sorti en 2000 aux Éditions de Parfums Frédéric Malle et créé par son père qui aurait du porter ce nom. Tout était prêt, les flacons, la campagne de publicité mais les détaillants, soucieux de la modernité et de la singularité du jus, ont émis des doutes et la direction de Guy Laroche a décidé de changer son fusil d’épaule et de sortir ce parfum créé par Joséphine Catapano, qui existait déjà mais n’avais jamais été lancé par Lancôme. Je porte « Le Parfum de Thérèse » depuis longtemps. Il n’y a jamais de hasard.
Mes parfums préférés : "Noir Patchouli"
Je ne vous apprendrai rien en vous disant que je suis assez voire très amateur de patchouli. Que la note soit travaillée en majeur ou au sein d’un accord chypré, elle me réjouit toujours. Elle arrive même à me faire aimer certains orientaux. Il était donc tout à fait normal que je mette mon nez sur « Noir Patchouli », l’un des bests de la maison française Histoires de Parfums. Créé sous l’impulsion de Gérald Ghislain, le fondateur de la maison, il a tout ce que j’aime. Tout d’abord, c’est un travail autour du patchouli que je trouve parfaitement inédit mais que l’on va souvent retrouver dans la marque. Ensuite il est présent tout au long de l’évolution du parfum. La marque donne une description très inspirée de la création et de la difficulté à l’intégrer dans une famille olfactive bien définie : « Le Patchouli, cultivé en Orient, exhale de ses feuilles un parfum intense et puissant. Ténébreux, captivant, Noir Patchouli déploie ses multiples facettes, tour à tour aromatique, floral puis oriental. Dans un souffle de mystère chypré boisé cet élixir profond éveille les sens ». « Noir Patchouli » est comme un parfum composite de beaucoup de notes que j’aime et il est bien évident qu’il allait me plaire.
Gérald Ghislain
Il s’ouvre bien évidemment sur des notes de patchouli sombres et rehaussées de coriandre et de cardamome puis il s’enrichit au coeur de notes florales et de baies de genièvre tout en restant complètement prépondérant. Au fond, il est associé à la mousse d’arbre bien évidemment mais aussi à des muscs blanc, des notes de cuir, de vanille et de vétiver. Si la construction du parfum est résolument chyprée, le rendu n’est pas aussi évident. Il séduit. Il déroute. Il enveloppe et, tout en gardant un versant boisé, il est doux sans jamais être doucereux. Pour ma part, c’est un coup de coeur absolu. Je l’ai déjà porté et il est bien évident que j’y reviendrai encore et toujours. J’ai eu l’opportunité d’en avoir un petit conditionnement en cadeau et ça m’a fait un plaisir fou. Le flacon complet viendra vite, dès que j’aurai fini la dernière goutte que que possède. J’aime beaucoup « Noir Patchouli ». C’est un parfum de caractère mais il demeure très facile à porter tout en gardant une vraie personnalité. Pour moi, c’est absolument « carton plein » !
Pierre Guillaume : Quatre parfums de la Collection Contemplation
Précieuse, onéreuse, millésimée, la Collection Contemplation est une exclusivité boutique et elle est sortie cette année. C’est le parfumeur qui nous l’a présentée à l’occasion de l’ouverture de la boutique lyonnaise et j’ai beaucoup hésité à sélectionner les quatre parfums que j’ai préféré et à leur consacrer un article car, il faut le dire, ils ne sont pas facile à trouver et ils sont vraiment onéreux même en 50 ml. Ceci dit, je voulais faire une revue complète sur la marque et je ne pouvais pas vraiment passer à côté de ces créations luxueuses et sophistiquée. J’ai donc pris le temps de re-sentir chacun des parfums et je vais essayer de vous donner de mon mieux mes impressions.
Pierre Guillaume nous a fait découvrir les huit références de cette collection qu’il appelle haute parfumerie et je dois dire que j’ai été séduit par plusieurs et particulièrement par « Irizia Pearl ». J’en profite pour faire un petit coucou à Marion de la chaîne YouTube Des Paons Danse Cent Heures car je sais qu’elle aime beaucoup ce parfum d’une élégance et d’une délicatesse absolu. Qui assume la dualité entre la vapeur de riz, le côté frais et floral du jasmin white pearl, le bois de cachemire, la sève de santal et les muscs avec un petit côté ambré. La marque le décrit ainsi : « Un cocon de sève, de bois doux et de baumes… Entre Sève verte et fraîche et baumes doux et enveloppant la structure d’Irizia Pearl évoque les pulsations de sphères olfactives concentriques, formant un Cocon, dont elle est l’allégorie odorante. Toutes les notes apparaissent dés l’envolée et ne disparaissent vraiment jamais pour laisser place à d’autres. Toutes résonnent à l’unisson d’un cœur de Jasmin White Pearl, entouré d’une coque de baumes et de bois doux parcourus d’une vapeur de riz et de sève de santal ». Entre fraîcheur et douceur, facettes multiples et élégances, « Irizia Pearl » peut prendre des allures de parfums parfaits. En effet, il faut le dire, c’est une eau de protection (tiens, ça me rappelle quelque chose), comme un foulard de soie dans lequel on peut s’enrouler et qui n’est jamais too much. J’aime beaucoup son évolution très facettée. Vraiment, « Irizia Pearl » est complètement dans mes goûts et il pourrait me séduire très facilement.
Le second parfum qui m’a vraiment impressionné par sa complexité est « Lumière Fauve » que la marque décrit avec ces mots : « Pas un ambre, ni un chypre… Un fauve. Le plus animalisé de nos Muscs, radical, passionnel et incandescent. Dans la cage aux lions… un félin face à son dompteur, esquive les claquements du fouet, en un ballet de pas chaloupés. Tandis que depuis l’ombre et les gradins s’élèvent des effluves de tabac et de cacao, les liens de cuirs frappent la piste inondée par la lumière des projecteurs, tel un accord intense d’ylang-ylang et de miel qui aveugle et enflamme les sens » et sur le papier, il avait tout pour ne pas me plaire ! Pourtant, dès la vaporisation, je me suis laissé embarqué dans une évolution complètement dingue. Le côté animal des muscs recréés et de la pierre d’Afrique se mêle à la douceur du miel noir du Maroc et du cacao et est rehaussé par une note de tabac blond très élégante. Ce faux chypre est quand même un musc et il faut l’assumer car il est vraiment singulier. Je l’ai essayé sur la peau et je dois dire que je ne pourrais pas le porter mais, artistiquement, je le trouve vraiment extrêmement bien pensé et réalisé. Pour moi qui suis un peu parfois effrayé par les notes animales, il est un équilibre parfait. En tout cas, c’est une curiosité. Il faut le sentir et, pourquoi pas, l’essayer et se l’approprier.
« “Toujours plus loin dans la mélancolie et dans la lumière.” – Claude Debussy
Hybride chimérique entre le bouquet d’un vin rouge mythique et un encens de oud. Parmi les grands crus de la Côte de Nuits, il en est un dont le bouquet imprégna ma mémoire pour toujours… Dans cette création, les réminiscences de cette exceptionnelle onde noire aux reflets rouges s’accordent à l’incandescence animale du Bois de Kyara, au-delà du noir », tels sont les mots de la marque pour décrire « Au-Delà du Noir » et je dois dire que je l’ai trouvé vraiment très étonnant avec ce mélange de davana, de bourgeon de cassis, d’épices chaudes et froides et de notes boisées et animales. C’est un parfum sombre comme son nom l’indique mais il a un côté vraiment très étonnant et chaud qui contrebalance ce côté dark. Je dois dire que j’ai bien aimé ce parfum mais que, une fois de plus, je n’ai pas pu vraiment me projeter et imaginer le porter. Je le trouve un peu vintage ce qui pourrait me rassurer mais, il faut bien le dire, il y a quelque chose d’ultra contemporain qui vient équilibrer cette impression. Finalement, je l’ai trouvé urbain, atypique et, si inconfortable soit-il, vraiment magnifique. Il n’est pas pour moi mais je reconnais qu’il est vraiment beau et j’ai plaisir à le sentir.
Il y a plusieurs roses dans la collection mais, et je crois l’avoir déjà mentionné, j’ai vraiment eu un coup de coeur pour « Au Royaume des Femmes » car la reine des fleur est conjuguée avec des notes poivrées, poudrées par la fève tonka et le benjoin qui se pare d’un côté plus charnel qu’animal. J’ai eu le parfum sur ma peau tout un après-midi et, franchement, il m’a beaucoup plu. « Sur les rives du lac Lugu, à l’orée de l’Himalaya, le pays des Mosuo est surnommé le royaume des femmes. Ce peuple d’anciens nomades, est une des dernières sociétés matriarcales de la planète : tous les privilèges, les pouvoirs reviennent aux femmes. Au royaume des femmes est une rose poivrée-fève tonka posée sur un lit de benjoin animalisé… un hybride entre guerrière tribale et diva disco, mon allégorie olfactive de l’empowerment féminin ». Plutôt présenté comme un féminin, ce parfum m’est apparu tout à fait mixte et enthousiasmant. Le côté ethnique du départ ne pouvait que me séduire et il vient se compléter de notes élégantes et de cette rose, poivrée, oxydée, inédite. L’harmonie de ce parfum m’a frappé et je dois dire que j’ai pris un immense plaisir à le porter. Pour moi, il est l’une des roses les plus abouties que j’ai senti car elle se cache, elle revient, elle s’enrichit de plein d’odeurs différentes et, au bout du compte, elle nous séduit sans équivoque.
Le reste de la collection est très beau aussi mais j’ai sélectionné les quatre parfums que je trouvais les plus emblématiques. Pierre Guillaume a su créer une collection très haut de gamme, en série limitée chaque année et dont la rareté augmente la préciosité. J’étais un peu dubitatif quant à cette collection et je pense qu’il était bien de la découvrir en compagnie du parfumeur qui nous l’a décryptée merveilleusement.