Passion Parfums

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Etro, entre marque de couture et marque exclusive à l'italienne

C’est au 117 boulevard Saint Germain ou sur le boulevard de la Madeleine que l’on peut trouver les boutiques de vêtements, de chaussures ou d’accessoires de la marque italienne Etro. Pour ma part, si je reconnais qu’elle produit de très belles choses tant au niveau textile que cuir, c’est surtout à la collection de parfums de la maison que je me suis intéressée. En effet, depuis les années 80, Etro commercialise des eaux de toilettes et des eaux de parfums originales et explore avec goût et talent toutes les familles olfactives. J’avoue que j’étais un peu passé à côté mais, il y a quelques années, je m’y suis penché et j’ai découvert que plusieurs des créations me plaisaient énormément. Les prix des parfums Etro restent raisonnables, les jus sont beaux et je trouve que c’est une très belle approche d’une parfumerie un peu alternative lorsque l’on veut s’éloigner un peu des marques de designers françaises qui, je trouve, sont moins inventives sur le plans de leurs nouvelles créations parfumées. J’ai sélectionné plusieurs jus que j’aime et que je connais un peu mieux que les autres afin de pouvoir vous en parler d’une manière plus précises.

 

Avec son départ de citron de sicile et d’armoise, son coeur de jasmin associé à un accord sombre de cuir de Russie avec un bois de bouleau très présent et son fond légèrement ambré, « Gomma », lancé en 1989 m’a tout de suite séduit. J’aime la famille des cuirés et je trouve qu’il devient plus rare d’en trouver un ou deux qui me surprennent or « Gomma » fait partie de ceux-là. Pour les amateurs voire les nostalgiques de « Cuir Mauresque » de Serge Lutens, je lui trouve une parenté en plus sec, plus « pétrole »… Il a des accents profonds, d’une élégance à la fois raffinée et un peu aride. À sa sortie, je suppose qu’il a du en surprendre plus d’un car il était complètement à contre-courant de ce qui se faisait dans le circuit des maisons de mode et de parfums à la française. Intemporel, résolument chic, « Gomma » est un jus absolument équilibré et facile à porter malgré une identité tout à fait marquée. Il a été l’un de mes premiers coups de coeur de la marque et ça ne s’est jamais démenti.

Gomma Etro parfum - un parfum pour homme et femme 1989

 

 

 

Également lancé en 1989, « Héliotrope » avait tout pour me séduire et il l’a fait puisque je me le suis approprié. L’ouverture d’amande amère, de petit grain et de bergamote nous entraine vers un coeur poudré d’iris, d’héliotrope, de rose soutenus par l’ylang ylang et le jasmon. Le fond de fève tonka, muscs blancs et baumier du pérou est légèrement arrondi par une vanille délicate. C’est une amande, profonde, jamais sucrée, avec un petit côté « colle Cléopâtre » pour ceux qui s’en souviennent et je dois dire que le porter est, pour moi, synonyme de réconfort. C’est comme si je m’enveloppait dans un cocon constitué de toutes les effluves de mon enfance. « Héliotrope » n’est jamais écoeurant, jamais chimique, toujours élégant et, en même temps, il a quelque chose de régressif. Pour moi, il est devenu incontournable et je pense que je le porterai encore longtemps. Je m’en suis un peu éloigné avec l’approche de l’été car je le trouve un peu trop enveloppant mais je serai ravi de le retrouver dès le début de l’automne. Comme vous le savez, je suis très attiré par les parfums amande et héliotrope. Je leur ai d’ailleurs déjà consacré un article. Celui-ci est l’un des mes favoris.

Heliotrope Etro parfum - un parfum pour homme et femme 1989

 

 

« Vétiver » fait également partie des premiers parfums de la marque lancés en 1989. C’est un solinote mais un faux solinote. Son ouverture très aromatique, avec des notes de petit grain, de sauge et d’armoise construite autour d’une bergamote douce et fruitée, il se compose d’un coeur boisé de vétiver, de cyprès et de cèdre pour nous entrainer sur un fond de tabac et d’ambre gris presque un peu musqué. C’est un classique. Je le trouve particulièrement facile à s’approprier. Il fait partie de ces parfums « vétiver » qui ont à la fois un sillage discret et une tenue tout à fait suffisante. Je le trouve plus profond que ceux auxquels je suis habitués. Il a presque un côté fruité que j’aime particulièrement. Je pense qu’il peut avantageusement compléter ou remplacer ceux de Guerlain ou de Carven. Il m’a immédiatement séduit par son côté « classic chic ». Je ne le porte pas mais il est très possible que j’y vienne dans l’avenir.

Vetiver Etro parfum - un parfum pour homme et femme 1989

 

Pour en terminer avec les classiques de la marque, j’ai envie d’évoquer « Palais Jamais » lancé en 1989. Boisé, aromatique, « très italien », ce parfum cultive la dualité entre les agrumes des notes de tête et le côté boisé du coeur et du fond rehaussé de mousse de chêne et de vétiver. L’essence de bouleau lui donne un côté très cuiré, presque « goudron » mais il n’est jamais too much. C’est un parfum très élégant et très profond qui m’a énormément plu par son côté multi-facettes. Je trouve que le jasmin arrondit les notes d’agrumes, que les muscs blancs éclaircissent l’essence de bois de bouleau et que le vétiver et la mousse de chêne se marient parfaitement pour en renforcer l’élégance et le raffinement. « Palais Jamais » n’a vraiment rien à envier aux plus luxueux des parfums de niche et il est, pour moi, un classique de la parfumerie italienne.

Palais Jamais Etro parfum - un parfum pour homme et femme 1989

 

 

Lancé en 2004, « Mahogany » fait partie des rares boisés que j’aime car il est construit avec des épices multiples et variées qui me titillent les narines à chaque moment de son évolution. Pour être tout à fait honnête, j’avais été attiré par son nom qui me rappelait un célèbre film mettant en scène la chanteuse Diana Ross que j’admire beaucoup et, finalement, j’ai beaucoup aimé l’originalité du jus. L’ouverture de marjolaine (finalement pas si utilisée que ça en parfumerie) et de bergamote est absolument originale. Le coeur est constitué uniquement de cyprès et d’épices (clou de girofle, poivre noir et cumin) et le fond lacté, crémeux avec un bois de santal et une ambre très présents est aussi rehaussé de notes de vétiver et d’acajou et poudré par la vanille et les muscs blancs. « Mahogany » est une vraie réussite. Je ne l’ai pas vu en boutique depuis longtemps et je me demande s’il existe encore mais vraiment je l’ai adoré lorsque je l’ai découvert il y a quelques années.

 

Mahogany Etro pour homme et femme

 

 

« Maquetry », lancé en 2015 est un parfum moderne de Etro. Il est très baumé, à la fois ambré et cuiré. Son ouverture, à la fois ronde et aromatique avec des notes de pêche et de lavande nous emmène vers un coeur de rose et de fève tonka travaillé avec le baumier du Pérou de manière à la fois lisse et presque camphré. Le fond overdosé en ciste et en fève tonka est adoucis par des notes de vanille et d’ambre et adouci par les muscs blancs. « Marquetry » est un véritable beau parfum oriental, jamais écoeurant, jamais entêtant et toujours original. Il m’a énormément plu. J’aime ce côté à la fois doux et sec. Pour moi, il est l’un des jus les plus sophistiqués de la marque. Je pourrais également très facilement me l’approprier. Je l’ai essayé à plusieurs reprise et j’ai beaucoup aimé. Je lui trouve un côté à la fois très contemporain et très intemporel. Pour moi, c’est un peu le secret d’un beau parfum.

 

 

Marquetry Etro parfum - un parfum pour homme et femme 2015

 

 
 

 

 

 

 

Il y a beaucoup d’autres belles créations chez Etro tels « ManRose » dont j’ai déjà parlé ou encore « Magot », « Musk », « Paisley » ou encore « Radjasthan » et « Patchouli » mais il me faudrait au moins trois articles pour en faire la revue. Le mieux est, peut-être, que vous vous rendiez dans une parfumerie qui les distribue et que vous puissiez les découvrir car, vraiment, la marque recèle des merveilles à la fois originales et faciles à porter. Allez, vous l’avez compris, j’aime beaucoup cet univers.

 


11/07/2020
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Mes parfums préférés : "Marienbad"

 

Marienbad Prada parfum - un parfum pour homme et femme 2015

 

 

 

« Marienbad », rien que le nom de ce parfum me fait rêver. Il m’évoque, bien évidemment, « L’année dernière à Marienbad », le film iconique d’Alain Resnais avec Delphine Seyrig et, également, le très beau texte de François Wertheimer pour Barbara… « Je me souviens de vous et de vos yeux de jade, là-bas à Marienbad… ». Je pense que c’est plus le nom que la pyramide olfactive qui m’a donné envie de découvrir cette Olfactory de Prada. C’est donc à un « unboxing » que je vous convie donc aujourd’hui.

 

Laurent Dispot, Seyrig, Resnais, Schlöndorff et “Marienbad” - La ...

Delphine Seyrig dans "L'année dernière à Marienbad" d'Alain Resnais

 

ultratop.be - Barbara - Marienbad"Marienbad" de Barbara

 

 

 

Ah Prada ! Il y a bien longtemps, je suis passé devant la boutique du 12 Avenue Montaigne à Paris , adresse célèbre car il se trouve en bas de l’immeuble dans lequel une autre icône, du cinéma celle-ci, a habité pendant près de quarante ans, j’ai nommé l’actrice américaine d’origine berlinoise Marlene Dietrich, excusez du peu. Je n’ai jamais été un grand fan de la maroquinerie de la marque et, vous le comprendrez, encore moins des collections à la fois de vêtements et d’accessoires qu’elle propose. Pour ce qui est des parfums, j’avoue que je ne les connais pas bien sauf les infusions que je trouve assez réussies mais qui, sur moi, ont une tenue un peu limitée. Ceci dit, c’est en lisant un article sur les Olfactories, que j’ai eu envie d’en découvrir une ou deux et « Marienbad » s’est imposé immédiatement.

 

Tout d’abord, il y a le packaging. Je n’en parle pas souvent mais c’est vrai que la boite est assez impressionnante. En carton dur, elle s’ouvre comme un coffret laissant apparaître un flacon « très Chanel » aux lignes épurées et surmonté d’un capot aimanté très élégant. Parfois l’emballage trompe sur la qualité du jus et bien là, pas du tout. Dès les premières pressions, on entre dans le vif du sujet. « Marienbad » est un cuir de Russie à l’ancienne, parfaitement réussi. Daniela Roche Andrier, qui l’a créé en 2015 a parfaitement réussi l’équilibre entre le classicisme et la modernité avec une fragrance dont chaque étape de l’évolution est une petite merveille. Complexe, profond sans jamais être entêtant, le jus est vraiment d’une grande élégance presque plus à la française qu’à l’italienne. C’est un cuiré à la fois sec et un peu ambré comme je les aime.

 

L’envolée de bergamote est des plus élégantes et on évolue sur un coeur de prune (décidément qu’est-ce que j’aime cette note !) et de rose de bulgarie. Le fond est très bouleau et mousse de chêne mais il est rehaussé de notes de oud, de civette, de ciste, d’iris, d’encens, d’iris et d’ambre. Pour une fois l’encens ne me dérange pas du tout bien au contraire car il est arrondi par la vanille et l’ambre et soutenu par un patchouli extrêmement délicat. J’ai tenu à essayer ce parfum tout de suite malgré le fait que le temps ne s’y prête pas du tout avec les journées d’été relativement chaudes que nous vivons en ce moment et vraiment il me plait beaucoup.

 

Décrire mon impression est assez difficile car elle change au cours de l’évolution du parfum. Au premier abord, je trouve qu’il y a vraiment un côté suranné et très « première moitié du XXème siècle » mais, très vite, l’association prune et encens, rend la fragrance très moderne, voire même un peu avant-gardiste. Il y a, je trouve, à la fois une parenté avec « Cuir Ottoman », créé par Marc-Antoine Corticchiato pour sa marque Parfum d’Empire mais aussi avec « Cuir Fétiche », le petit bijou de Jean-Paul Millet-Lage pour Maître Parfumeur et Gantier. Je trouve que le côté très complexe qui peut avoir une connotation un peu démodée n’est pas du tout ce que je ressens lorsque je le porte. Je dirais même que je lui trouve une facette très limpide et que cela le rend facile à porter. Je pense que je vais vraiment me faire plaisir cet hiver lorsqu’il sera au creux de mes écharpes.

 

 


10/07/2020
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Vert vert vert

 

« Et le jardin était vert vert vert » chantait Véronique Sanson dans son premier album en 1972. Les notes vertes, en parfumerie, peuvent avoir plusieurs origines. Qu’elles rappellent l’herbe coupée, ou encore une promenade dans un sous-bois humide et mousseux par exemple, qu’elles voisinent avec certaines effluves florales, elles ont toujours vraiment intrigué voire même passionné les parfumeurs. De « Vent Vert » créé par Germaine Cellier en 1947 à « Russian Leather » inventé par Aliénor Massenet pour Memo en 2016, les notes vertes peuvent prendre des formes diverses et variées. J’ai beaucoup hésité à écrire cet article car il me faut faire appel à mon imagination pour mettre en parallèle la couleur et une ou des effluves. J’ai sélectionné plusieurs parfums que je trouve verts dans plusieurs familles olfactives mais je ne sais absolument pas si vous aurez le même ressenti de moi.

 

Quand je pense à un parfum vert, le premier qui me vient à l’esprit est sans aucun doute « De Bachmakov » créé en 2010 par Céline Ellena Nezen pour « The Different Company ». Si je me laisse influencer par le postulat de départ, je me retrouve dans une Russie un peu rêvée, au printemps, après la fonte des neiges, l’odeur d’herbe fraîche, coupée, titille mes narines et le côté à la fois un peu glacé et extrêmement bienfaisant me plait énormément. L’envolée de coriandre, de bergamote est renforcé par une note de figue. Le coeur de noix de muscade et de shiso dont je vous ai déjà parlé associé au freesia a vraiment un côté vert que j’aime énormément. Le fond de cèdre semble tout à fait logique pour garder précieusement cette impression. J’ai porté « De Bachmakov » sans vraiment l’avoir choisi car il m’a été offert et je ne l’ai jamais oublié. Pour moi, il est l’un des fleurons de la marque. C’est un jus singulier, rafraîchissant, avec un côté très réconfortant. Je pense que j’y reviendrai un jour.

De Bachmakov The Different Company parfum - un parfum pour homme et femme  2010

 

 

 

 

Il y a quelques mois, on m’a fait essayé « Eau de Lierre » de Diptyque lancé en 2006. Construit autour d’une note verte très reconstituée de manière naturelle, c’est un parfum floral mais le côté vert est bien présent. L’envolée de cyclamen et le coeur de géranium sont travaillés de cette manière très botanique et très profondément verte. J’aime beaucoup ce côté frais et la dualité entre le côté végétal du parfum et les notes fleuries reposant sur l’ambre gris et des notes de palissandre. Les muscs blancs lui donnent, dès l’ouverture, un côté cocon qui vient s’ajouter à cela. Je ne sais pas si je pourrais porter ce parfum mais j’adore le sentir. Je trouve qu’il a un côté très jardin ensoleillé. Je trouve très fort d’avoir vraiment recréé l’odeur du lierre courant sur les murets et les façades. Je comprends qu’il ait ses amateurs car il a un côté très agréable à sentir et à re-sentir.

 

 

Eau de Lierre Diptyque parfum - un parfum pour femme 2006
 

 

 

 

 

Le troisième parfum qui me vient à l’esprit est, sans aucun doute, « Madagascan Jasmine » créé par Michel Roudnitska en 2015 pour la marque australienne Grandiflora. C’est un jasmin de Grasse soliflore donc déjà vert en soi et travaillé avec des notes de jacinthe qui accentuent ce côté frais et vraiment très « green tea ». Lorsque je l’ai découvert, j’ai immédiatement eu envie de le porter. Parfum élégant, parfum de méditation, parfum atypique et simple à la fois, je trouve qu’il a vraiment le côté rafraîchissant et épuré que j’en attendait. À l’instar de son célèbre père, Michel Roudnitska est tout à fait à l’aise avec les formules courtes et je trouve qu’il a parfaitement retranscrit la dualité entre les notes vertes et florales du jasmin de Grasse qui ne ressemblent à rien d’autre. Enveloppant, doté d’une tenue exceptionnelle, ce parfum est unique en son genre. J’aime le jasmin, j’en porte d’autres mais il est, justement pour ce côté vert, l’un de mes préférés.

 

Madagascan Jasmine Grandiflora parfum - un parfum pour homme et femme 2015

 

 

 

Je porte aussi le quatrième même s’il a été, hélas arrêté. J’ai tout de suite adoré « Glacialis Terra 18 » créé par Daphné Bugey pour la collection Natura Fabularis de L’Artisan Parfumeur et j’en parle souvent. Je trouve que ce travail autour de l’absinthe et du vétiver est un concentré de notes vertes. Nous sommes dans un sous-bois, le sol est glacé et le vétiver est présent mais il a un côté presque givré. Ce parfum, je l’ai dit souvent, je l’adore. Il est vraiment unique, intense et rafraîchissant à la fois. Je l’ai énormément porté les jours de canicule et je le qualifierai de « bienfaisant ». Daphné Bugey a vraiment inventé un univers à la fois profondément agréable, botanique et onirique. C’est un tour de force et je suis vraiment fan. « Glacialis Terra 18 » me manquera et j’espère que la marque reviendra sur sa décision et le rééditera. Je suis vraiment emballé. Je l’ai porté récemment et vraiment il est absolument magique.

 

Glacialis Terra 18 L'Artisan Parfumeur parfum - un parfum pour  homme et femme 2016

 

 

Poudré, aromatique et profondément vert, « Yerbamate » créé par Lorenzo Villoresi pour sa marque en 2001 est, sans aucun doute un aromatique vert les plus formidables que j’ai jamais senti. J’aime les notes de thé vert, de menthe, d’estragon, de foin, et de ciste. Tout l’art botanique du créateur se retrouve dans cet extraordinaire parfum qui allie la sensation de bien être et d’élégance poudrée. Dans un autre style, je retrouve le côté balade le matin dans un jardin que je ressens avec « Vacances » de Jean Patou. Il y a dans « Yerbamate » quelque chose d’une balade avec la rosée du matin dans un paysage de Toscane. Je ne pense pas qu’il soit vraiment un parfum pour moi mais j’adore ce jus, vert, profond, unique en son genre. Je l’ai senti et re-senti toujours avec le même plaisir. C’est une fragrance à la fois évanescente et profondément réussie. Il faut vraiment la découvrir.

 

 

Yerbamate Lorenzo Villoresi parfum - un parfum pour homme et femme 2001

 

 

 

 

 

 

 

Je parlais, une fois de plus, en introduction, de « Russian Leather » de Memo mais il existe nombre de parfums verts dans toutes les familles olfactives. Avec le retour des beaux jours, ils peuvent être une alternative très sympa aux floraux classiques et aux hespéridés. Je me plais à penser que j’en aurai toujours un ou deux à ma disposition car j’aime vraiment ces notes que je trouve vraiment très agréables à porter, à sentir et j’y reviens souvent.

 

 


09/07/2020
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Pierre Bourdon, entre talent et éclectisme

 

Il y a bien longtemps que je voulais consacrer un article au travail de Pierre Bourdon. Il y a quelques semaines, j’ai remis mon nez dans « Cool Water » qu’il avait créé pour Davidoff et, depuis, son nom revient sans cesse dans les créations que je découvre. De beaux succès du sélectif à des parfums confidentiels et étonnant, ce parfumeur qui n’hésite pas à travailler en collaboration, a inventé des jus qui me plaisent. Je trouve que sa palette de parfumeur est très large et pourtant toutes ses créations ont une vraie identité comme si leur fil conducteur était le talent du parfumeur. Des masculins intemporels, des féminins androgynes, des parfums plein de séduction, Pierre Bourdon a toujours été inventif. D’ailleurs Frédéric Malle ne s’y est pas trompé en lui confiant le soin de créer deux références pour ses éditions de parfums mais n’anticipons pas. Suivons les chemins du goût très sûr et du talent de Pierre Bourdon.

 

 

Pierre Bourdon Parfums Et Eaux De Cologne

 

 

J’étais bien jeune lorsqu’il a créé « Cool Water » pour Davidoff en 1988 et il m’a fallu attendre de nombreuses années pour le découvrir. Aromatique, aquatique, il était pourtant, dès sa sortie, dans l’air du temps avec une ouverture de notes marines, de lavande et de menthe. Je l’ai toujours trouvé surprenant car son coeur est un duo de jasmin et de bois de santal sur un fond de mousse de chêne, de cèdre et de tabac. Je crois qu’il a rencontré d’emblée un grand succès qui ne s’est jamais démenti. On parle assez peu des créations Davidoff car d’aucuns considèrent, de manière un peu snob, que la marque n’a pas vraiment grand-chose à voir avec la parfumerie. Je dois dire que c’était également mon avis avant de le sentir il y a quelques jours. S’il est un peu figé dans les années 80, « Cool Water » n’en reste pas moins un parfum intéressant et certainement très agréable à porter l’été, lorsque le temps très chaud fait que notre corps réclame un peu de fraîcheur. Son succès est tel que Pierre Bourdon en créera, à partir de 1996, plusieurs versions féminines.

 

 

Cool Water Man Summer Edition 2019 Davidoff Cologne - un nouveau ...

 

 
 

 

 

 

 

En 1992, c’est en collaboration avec Christopher Sheldrake et sous l’impulsion de Serge Lutens, que Pierre Bourdon participe à l’élaboration de la toute première version de « Féminité du Bois » pour Shiseido. Innovant en diable, ce boisé fruité qui s’adresse alors uniquement aux femmes m’a bluffé même si je ne l’ai senti que récemment dans un flacon entamé. Il est beaucoup plus construit que la version qui existe actuellement dans la collection noire de la marque de Serge Lutens. L’envolée de miel, de rose et de gingembre s’adoucit avec la cardamome et le mélange, au coeur de notes de cire d’abeille, de clou de girofle et autres épices avec des notes de prunes et de violette est absolument magnifique. Le fond de bois de santal est overdosé en cèdre et c’était, à l’époque, une première dans la parfumerie surtout féminine. Le succès de « Féminité du Bois » ne s’est jamais démenti même après les reformulations qu’il a subit. Je trouve qu’il reste, dans sa version actuelle, un très joli parfum.

 

Feminite du Bois Shiseido parfum - un parfum pour femme 1992

 

 

 

J’ai découvert « Dolce Vita » créé en 1994 par Pierre Bourdon et Maurice Roger en collaboration pour Christian Dior grâce à Clotilde de la chaîne YouTube Iris-Factice qui l’aime beaucoup et je dois dire que je suis complètement séduit. C’est un parfum à la fois boisé et floral. Je ne sais pas vraiment comment le définir si ce n’est par son élégance. Je trouve qu’il a tout pour ravir celle ou même celui qui le portera car je le trouve assez caméléon. Le lys est la note dominante et elle est présente dès l’envolée où elle est associée à la cardamome, le pamplemousse, la rose et la bergamote. Le coeur est à la fois poudré par l’héliotrope, épicé par la cannelle et un peu cuiré par une note d’osmanthus très chic. Le fond de bois de cèdre et de santal est tout à fait élégant et rehaussé d’un peu de vanille très aromatique. Je dirai qu’il est un peu boisé, un peu oriental mais qu’il a presqu’un côté chypré. J’aime beaucoup sa complexité. C’est une très belle découverte. De plus, son flacon qui n’est pas sans rappeler celui de « J’Adore » est assez joli. Bref, je suis content de connaitre ce parfum.

 

 

Dolce Vita Christian Dior parfum - un parfum pour femme 1994

 

 
 

 

 

 

 

Dès l’an 2000, Pierre Bourdon crée l’un des parfums emblématiques des éditions de parfum Frédéric Malle. J’ai nommé « Iris Poudre ». Plutôt estampillé féminin, il est, comme son nom l’indique, un travail autour de l’iris et, bien évidemment de la violette enrichi d’une note très présente d’aldéhydes et de rose. L’ouverture est assez fraîche, voire même légèrement piquante avec une note de bergamote et d’oeillet. Le coeur, très floral avec le magnolia, le jasmin, le lys et la rose s’organise autour du duo iris et violette et le fond est une overdose d’iris à nouveau travaillé avec du bois de santal et des muscs blancs sur un bois d’ébène assez sombre. L’ensemble est un iris très aldéhydé et poudré qui n’est pas sans rappeler les créations d’Ernest Beaux pour Chanel. J’ai eu l’occasion de l’essayer dans sa toute première version avant qu’il ne soit reformulé et je dois dire que je l’ai préféré. Je n’ai pas forcément aimé la seconde. Si le départ me plait beaucoup, je suis un peu déçu tant pas son évolution que je trouve presque trop classique que par sa tenue qui est, sur moi, très limitée. J’aurais préféré que la marque le laisse tel quel mais je trouve qu’il a quand même un peu changé. J’aimais bien l’idée d’un duo iris et violette très poudré et aldéhydé mais je ne me suis pas forcément approprié ce parfum.

 

Iris Poudre Frederic Malle perfume - a fragrance for women 2000

 

 

 

C’est vrai qu’il porte bien son nom « French Lover » créé en 2007 par Pierre Bourdon pour les éditions de parfum Frédéric Malle ! Son envolée étrange de férule gommeuse et d’épices nous emmène sur un coeur d’encens et de cèdre un peu enrichi par l’angélique que j’apprivoise décidément de plus en plus. Le fond de mousse de chêne et de vétiver, adouci d’une profusion de muscs blancs est assez beau. Certes, je le trouve presque trop masculin pour un parfum d’auteur et je ne vois absolument pas une femme avoir envie de le porter mais il ne faut jamais dire jamais reste la règle en parfumerie. La première fois que je l’ai senti, je dois vous avouer que je l’ai détesté et, comme ça m’arrive parfois, je me suis entêté et j’ai demandé à avoir une dose d’essai que j’ai pu tester récemment. Le départ ne me plait absolument pas c’est vrai mais l’évolution est aussi surprenante que les premières notes sont étranges. Finalement, c’est un parfum de caractère, très chic et très atypique à la fois. Je ne le porterai pas. Il n’est absolument pas pour moi mais je sais reconnaitre que la création est intéressante. Je vous engage donc à vous faire votre propre opinion.

 

 

French Lover Frederic Malle Cologne - un parfum pour homme 2007

 

 
 

 

 

 

 

Pierre Bourdon a du talent, il a beaucoup exploré les familles olfactives, travaillé en collaboration avec d’excellents parfumeurs, ouvert des voies et je trouve que son travail est particulièrement singulier et intéressant. Il ose des choses, en initie d’autres et je trouve que son travail des aldéhydes est particulièrement fin et inspiré. J’ai eu surtout envie d’écrire cet article maintenant car je viens de découvrir « Dolce Vita » et que je voulais qu’il soit bien présent dans ma tête pour pouvoir le décrire tant il est singulier. Personnellement, j’ai beaucoup aimé me replonger dans son univers et suivre ses effluves en cheminant sur la route sinueuse de ses créations.

 


08/07/2020
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Mes parfums préférés dans les collections privées françaises

 

L’émergence, depuis une quinzaine d’années, de nombreuses marques de parfumerie de niche, certaines indépendantes, d’autres, les plus anciennes, rachetées par des groupes tels LVMH, Estée Lauder ou encore Loréal, constitue une concurrence sérieuse pour les nombreuses marques de luxe qui, depuis des décennies, régnaient sur la parfumerie. Tout d’abord marginales à l’époque de la création de Diptyque, l’Artisan Parfumeur ou Annick Goutal, elles deviennent une alternative pour les amateurs de parfums mais pas seulement. En effet, si la croissance des marques de designers stagne, voire même régresse depuis plusieurs années, il faut aussi penser que le commun des consommateurs peut aussi avoir envie de se parfumer autrement. Les Exclusifs pour Chanel ou encore la Collection Privée pour Christian Dior et bien d’autres constituent la réponse des marques de luxe avec le lancement de parfums parfois très convenus, parfois un peu différents qui pourraient conquérir la clientèle de la parfumerie d’auteurs. Personnellement (à part peut-être quelques exclusifs de Chanel ou encore certaines Hermessences d’Hermès), je trouve que les jus sont bien sages et ils ne me correspondent que très rarement et ne me font pas forcément envie. Ceci dit, je ne m’y suis peut-être pas assez penché. J’ai quand même décidé de sélectionner un jus par collection et de venir vous en parler.

 

C’est en 2006 que Jacques Polge décide d’exhumer des parfums oubliés de la maison Chanel pour éditer, tout d’abord en eau de toilette et en extraits, certaines créations imaginées près d’un siècle auparavant par le parfumeur Ernest Beaux. Ainsi, verrons-nous revenir sur le marché des créations comme « Cuir de Russie », « Gardénia » ou encore « Bois des Îles » et le « N°22 » dans une collection luxueuse à laquelle s’ajoutera des créations modernes comme « Boy » créé par Olivier Polge et bientôt « Le Lion ». J’avoue que l’idée était séduisante et que j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir ces exclusifs. D’emblée, j’ai été déçu par les versions eau de toilette, non pas en terme de création mais plutôt de sillage et de tenue. Leur passage, il y a quelques années en eau de parfum, me laissaient espérer une amélioration mais elle ne fut pas notable sauf pour un jus ou deux tels « Coromandel » que j’ai découvert récemment grâce à Clotilde et Manon des chaîne YouTube Iris-Factice et Ma Note de Coeur et que j’ai beaucoup aimé. Quand j’ai voulu sélectionner un seul parfum de la collection, je vous avoue que mon coeur a balancé entre celui-ci, « Gardénia » et « Cuir de Russie » mais c’est ce dernier qui a gagné d’une courte tête. C’est en 1924 qu’Ernest Beaux donna son interprétation de cet accord bois de bouleau et mousse de chêne qui avait déjà été utilisé par L.T. Piver et qui allait intéresser les maisons Creed et Guerlain entre-autres. Pour celui de Chanel, le départ est très agrumes et dominé par une bergamote plutôt douce et ronde. Le coeur, poudré par l’iris, fleuri par l’ylang ylang et relevé par l’oeillet s’organise autour de notes profondes de cèdre et de vétiver. Le fond est un cuir de Russie renforcé par des notes de muscs blancs, de vanille et de tabac et poudré par un bouquet de fleurs d’héliotrope. Je dois dire que la délicatesse et l’élégance de la création, même si le parfum a sans doute été un peu reformulé, me plait immédiatement. Je tourne autour depuis des années et je pense qu’un jour, même si je suis un peu frustré par le manque de tenue, j’y viendrai.

 

Cuir de Russie Eau de Parfum Chanel parfum - un parfum pour femme 2016

 

 

 

J’avoue que je n’en peux plus des perpétuelles sorties de la collection privée de Christian Dior qui comporte maintenant plus de trente créations. Ceci dit, je suis impressionné par le succès qu’elle remporte et j’avoue que ça m’intrigue suffisamment pour que j’aille sentir, un jour prochain, la totalité des jus. Le ras-de-marée « Bois d’Argent », la popularité grandissante de « Gris Montaigne » et le fait que les rappeurs se les soient appropriés m’étonne et je trouve que la dimension que cet engouement a pris va bien au-delà de la notion de se parfumer mais cela est un autre sujet. Il y a quelques semaines, je suis allé découvrir un peu plus « Bois d’Argent » afin d’essayer de comprendre pourquoi des publics aussi différents avaient eu envie de le porter, voire même de se l’approprier. Certes, c’est un joli parfum, bien réalisé et je reconnais le talent d’Annick Menardo dans cette création mais j’avoue que je n’ai pas été séduit plus que ça et que je ne me verrai pas le porter spécialement. Je lui préfèrerai peut-être « Grand Bal » ou « Thé Cachemire » qui sont plus en accord avec mes goûts pour les floraux. Ceci dit, lorsque je dis que je ne suis pas plus attiré que cela par les parfums de cette collection, je ne suis pas tout à fait honnête. Il y a quelques années, j’avais eu un gros coup de coeur pour « Cuir Cannage » créé en 2014 par François Demachy et qui est (oh surprise !) l’interprétation du parfumeur d’un cuir de Russie un peu à l’ancienne. Les notes de tête sont la fleur d’oranger, l’ylang ylang et la bergamote et on y retrouve un coeur de jasmin, de rose et d’iris. Au fond, le bouleau et la mousse de chêne lui donnent un côté un peu sombre accentué par le tabac et le genévrier et poudré par la violette. « Cuir Cannage » est élégant, un peu suranné et il est assez génial porté même si, une fois encore, sa tenue est assez limitée. Il m’aurait plu assez pour que je le porte mais, il n’a pas du remporter le succès escompté car il n’existe désormais plus que dans un conditionnement un peu trop important pour moi à moins qu’il ne soit sorti, comme les autres en 40 ml récemment ce que je ne sais pas.

 

Cuir Cannage Dior parfum - un parfum pour homme et femme 2014

 

La collection privée de la maison Yves Saint-Laurent est un peu difficile à suivre. Je me souviens de la sortie, il y a quelques années, de quatre ou cinq parfums plutôt assez réussis qui ont disparu des cadres pour laisser place à celle qui est vendue actuellement sur les stands des grands magasins. Ce sont, il me semble, trois sous-collection regroupées sous un nom générique : Le Vestiaire. J’ai pris le temps, il y a quelques mois, lorsqu’ils sont arrivés chez nous, de découvrir tous les parfums même si je trouve que leur prix est largement prohibitif. Ceci dit, si je reconnais que certaines créations sont bien réussies, je n’ai pas nécessairement été séduit plus que ça par la plupart des jus. Le seul qui m’a fait de l’oeil est le dernier, « Grain de Poudre » créé en 2019 par Quentin Bisch et qui est, comme son nom l’indique, un poudré très élégant qui tourne autour de la feuille de violette et des muscs blancs et est relevé par des notes de poivre et de coriandre. Je l’ai essayé plusieurs fois à sa sortie et je l’ai bien aimé. Il est mon préféré même si je ne suis pas certain que je le porterais. Je trouve son prix au-dessus de ma limite pour ce genre de parfum. Ceci dit, il me faut l’admettre, c’est un beau parfum, un peu à contre-courant de ce qui ce fait actuellement dans les marques du circuit sélectif et y compris dans les collections privées. J’aime bien la dualité entre les notes presque nubuck et la délicatesse de la feuille de violette. Il me rappelle un peu, dans son esprit, le regretté « Arsène Lupin Dandy » de Guerlain et « Grey Flannel » de Geoffrey Beene en plus moderne. L’idée et la réalisation me plaisent mais pas tout à fait assez pour l’adopter.

 

Grain de Poudre Yves Saint Laurent parfum - un parfum pour homme et femme  2019

 

 

 

Chez Guerlain, les collections privées sont au nombre de quatre. Si je ferai l’impasse sur Les Parisiens, Les Parisiennes et les Absolu d’Orient (même si j’aime bien « Cuir Intense ») pour aller me balader dans L’Art et la Matière. Si je trouve le prix un peu délirant par rapport à la créativité des jus et si je ne suis, globalement pas séduit par des parfums dont le nom me laissaient espérer beaucoup comme « Cruel Gardénia » ou encore « Embruns d’Ylang » et « Cuir Beluga ». Globalement, je trouve que le côté très sucrés de la totalité des création m’a dérangé. Curieusement, et j’en ai parlé récemment, c’est « Angélique Noire » qui a retenu mon attention. Jusqu’à il y a quelques mois, la matière phare de ce parfum me rebutait un peu mais j’apprends, petit à petit, à l’apprivoiser et il est vrai que cette création de Daniela Roche Andrier sortie en 2005 m’a intrigué et m’a plu. C’est une overdose d’angélique à tous les étages de la pyramide olfactive. Certes, le coeur de jasmin et la note de carvi associés à un fond de vanille et de cèdre est un peu sucré mais, pour une fois, ça ne m’a pas trop dérangé. Je pense que les notes suaves de poire en tête sont également contrebalancée par le poivre rose délicat. « Angélique Noire » est certes un parfum gourmand mais il n’est pas écoeurant. Je le trouve bien réalisé. Ceci dit, je ne craquerai pas pour ce jus car son prix est trop élevé pour moi et je n’en n’ai pas suffisamment envie pour fournir le pas.

Angélique Noire Guerlain parfum - un parfum pour homme et femme 2005

 

 

 

Pour finir ce tour d’horizon, il me faut parler des Hermessences initiées en 2004 par Jean-Claude Ellena. Il me semblait évident que la maison Hermès allait lancer sa collection privée et elle l’a fait tout à fait au début de la vague en étant, il faut bien le dire, précurseur. Je pense que Jean-Claude Ellena lui a vraiment imprimé son identité « aquarelle » en inventant des formules courtes, épurées sans jamais être minimalistes, pour faire appel à des émotions, à des envies de voyages et à une vraie mise en valeur de belles matières. Pour moi, les Hermessences sont, dans les marques traditionnelles, les créations qui se rapprochent le plus de ce que propose la parfumerie d’auteurs. Elles ne ressemblent à rien d’autre. Je ne suis pas certain d’être forcément séduit au point d’aller au-delà de la limite de prix que je me suis fixé en tant normal pour en acquérir une mais il est vrai que le coffret des petits conditionnements où l’on peut en avoir plusieurs différentes pour un prix certes élevé mais plus abordable m’a interpellé. Il y a plusieurs jus créés par Jean-Claude Ellena puis par Christine Nagel qui me plaisent mais c’est « Paprika Brasil », lancé en 2006 qui m’a fait le plus envie quand je l’ai découvert. C’est un boisé épicé, un duel entre une facette très douce, poudrée et ronde et une autre verte et piquante. Les notes de tête sont le paprika que je n’avais jamais vu utiliser en parfumerie et le clou de girofle, le coeur est un iris poudré et le fond oscille entre les notes vertes du réséda et d’un bois précieux, le Massaranduba du Brésil. Le tout est soutenu par d’autres bois assez rare tels l’ébène. J’ai adoré ce parfum et j’ai demandé à l’essayer. Sa tenue est limitée pas son sillage n’est pas si mal. Je dois dire que, si j’aime plusieurs Hermessences, celle-ci est quand même celle que je préfère.

 

 

Hermessence Paprika Brasil Hermès parfum - un parfum pour homme et ...

 

 

 

 

 

 

 

Voilà, je me suis concentré sur les marques de luxe françaises et j’ai essayé d’exprimer mes préférences. Les italiens ne sont pas en reste. Prada, Armani ou encore Bottega Venetta ont aussi lancé des collections privées, souvent en collaboration avec des parfumeurs français d’ailleurs, mais je ne les connais pas assez encore. J’espère découvrir certains parfums dont la pyramide olfactive m’intrigue voire m’attire lors d’un prochain séjour à Paris et je reviendrai vous en parler si des coups de coeur émergent dans mes pérégrinations parfumées. Pour ce qui est des marques de luxe françaises et à leurs collections exclusives, je dirai que je ne suis pas tout à fait assez convaincu pour franchir le pas mais l’avenir me fera peut-être changer d’avis.

 

 


07/07/2020
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Quand on s'promène au bord de l'eau

 

Bords de Rhône, bords de Saône, bord de Loire, bord de Seine ou bord de Marne autant d’univers différents liés à la campagne, aux fleuves, à l’été voire même à l’époque révolue ou pas des guinguettes. J’ai cherché des parfums qui m’évoquent un peu les valses près d’une rivière, sous les lampions comme dans un roman de Simenon ou encore un tableau de Manet. Je vous avoue que ça n’a pas été facile et sans doute aurai-je plutôt du publier cet article fin août mais j’avais le désir de l’écrire alors je me suis lancé. Je vous emmène dans un univers suranné, parfois recréé et aussi frais et réconfortant.

 

 

Les berges du Rhône | Ville de Lyon

 

 

 

 

 

 

 

La création qui m’est tout de suite venue à l’esprit a été lancée en 2017 et inventé par Fabrice Pellegrin pour L’Artisan Parfumeur et porte le nom évocateur de « Au Bord de L’eau ». À la fois poudré et hespéridé, c’est un parfum tout à fait agréable à sentir et à porter. L’envolée de fleur d’oranger, de bergamote et de citron m’a saisit immédiatement et je me suis régalé du coeur de violette et de muscs blancs rehaussé par le romarin. Le fond est boisé et très musqué. J’en ai un peu assez des parfums qui « sentent le propre » et, à la vue de la pyramide olfactive, je l’imaginais un peu comme ça mais, en le découvrant et en l’essayant, j’ai été agréablement surpris car il reste original et a sa propre identité. Je parlais des guinguettes du bord de Marne et des tableaux des impressionnistes mais vraiment, je trouve, même si je suis un peu influencé par son nom sans doute, que « Au Bord de L’Eau » est une parfaite traduction olfactive de ces images.

 

Au Bord de L'eau L'Artisan Parfumeur parfum - un parfum  pour homme et femme 2017

 

 

 

 

Créé en 1951 par Edmond Roudnitska, à la fois cuiré et aromatique, « Eau d’Hermès » m’emmène, plus sur les bords de Loire ou de Saône, dans une Bourgogne voisine que je connais bien. En tête, la lavande côtoie la bergamote, le petit grain, la sauge sarclée et le citron, le coeur est épicé et construit autour du jasmin et d’un délicat géranium bourbon pour évoluer sur un accord très cuir de Russie avec le bois de bouleau et la mousse de chêne. Loin des formules courtes et épurées qu’il a beaucoup affectionné, Edmond Roudnitska a créé un parfum à la fois tout en transparence et en complexité. Je ne le connaissais pas et je sais qu’il a été reformulé mais je l’ai découvert il y a quelques mois un peu par hasard et je l’ai trouvé très « promenade à cheval au bord de l’eau ». Je me suis laissé dire par Michel Roudnitska, le fils d’Edmond, lors de l’une des ses conférences, que son père se parfumait peu mais que, lorsqu’il le faisait c’était avec « Eau d’Hermès ».

 

 

Eau D'Hermes Hermès parfum - un parfum pour homme et femme 1951

 

 

 

 

 

C’est en Suisse que j’ai découvert la très moderne marque anglaise Thameen et, si j’avais surtout été impressionné par un cuir, j’ai le souvenir d’un autre parfum appelé « Rivière » lancé en 2016 que j’ai re-senti il y a quelques mois à Paris et qui oscille entre un départ poivré et épicé, un coeur aromatique et floral qui tourne autour de la rose de Turquie et un fond de cuir. J’avais eu un échantillon de cette création lorsque et je me suis remis à le sentir pour préparer cet article car je trouvais que son nom collait parfaitement avec la thématique. Là aussi, je suis au bord du fleuve, sans doute plus de la Tamise, le soir, dans un restaurant ou un pub plein de musique et de vie et je bois une Guinness ou une Stout dont la couleur sombre et l’onctuosité me plaisent même si une seule suffira car elle est épaisse, épicée et profonde comme le parfum. Je trouve que « Rivière » a quelque chose d’un fleuve en ville et je le trouve, alors que je le redécouvre, particulièrement réussi.

 

Rivière Thameen parfum - un parfum pour homme et femme 2016

 

Créé par Domitille Michalon Bertier en 2014, « L’Eau Tropicale » de Sisley qui peut avoir, au premier abord un côté ultra exotique avec ses notes de fruits de la passion de fleur de gingembre et de frangipanier sur un coeur de violette, de rose et de tubéreuse et un fond d’ambrette, de patchouli et de cèdre, m’évoque curieusement aussi une soirée en bord de Rhône, sur une péniche, devant un cocktail fruité, dans un beau verre orné, comme dans les années trente, d’un petit parapluie. Je me suis peut-être un peu éloigné du sujet car je n’ai pas bu un verre entre amis sur une péniche depuis plus de dix ans et je ne suis pas un amateur de cocktails sucrés mais, je ne sais pas pourquoi « L’Eau Tropicale » m’a toujours évoqué ce genre de moment. J’imagine une promenade sur les berges de notre Rhône, le soir, alors que tout le monde fait la fête. Oui, décidément, ce parfum me fait penser au soir, au bord de l’eau et à un bon moment partagé.

 

Eau Tropicale Sisley parfum - un parfum pour femme 2014

 

 

 

Me voilà au bout de cette petite balade au bord des rivières et des fleuves dans plusieurs circonstances parfumées et différentes. Je vous l’avoue, cet article est un peu un prétexte pour explorer d’autres senteurs, d’autres univers qui me font envie à l’approche de l’été mais j’ai trouvé un peu romanesque de les aborder de cette manière. Alors chut ! Laissons-nous porter et allons nous promener au bord de l’eau, avec quiétude. Prenons un moment pour nous et parfumons-nous uniquement pour le plaisir.

 

 


06/07/2020
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La Private Blend de Tom Ford ou le succès d'une collection privée

 

tom ford private blend

 

 
 

 

 

 

 

Plusieurs d’entre-vous me demandent, depuis quelques semaines, de vous parler voire même de vous donner un avis sur la Private Blend, la collection privée de Tom Ford. Je connais les parfums distribués dans le circuit sélectif mais je supposait qu’il me faudrait attendre un séjour à Paris et un petit détour par le Printemps Haussmann avant d’écrire un premier article or, depuis peu, nous avons accès chez nous à quelques créations. En puisant dans mes souvenirs pour certains, découverts à Paris il y a quelques mois, et d’autres que j’ai pu sentir récemment, j’ai pu me faire une idée et il m’est possible d’écrire cette revue. Attention, les parfums de la Private Blend sont très nombreux et je ne peux parler que de ce que je connais. Globalement, je dirai que j’ai trouvé les parfums que j’ai découvert assez réussis. Je trouve leur prix très élevé et je sais qu’il faut en avoir vraiment envie pour en acquérir un. Je vais essayer d’être objectif et ne ne me montrer ni aveuglément critique ni trop complaisant. Je me suis fait une opinion mais je ne peux que vous parler de mon ressenti. Cet article, comme les autres ne traduit que mes impressions et n’a pas du tout une valeur de critique. J’ai sélectionné quelques parfums. Certains sont emblématiques de la collections et deux autres m’ont plu tout simplement. Allez, c’est parti, plongeons-nous dans l’univers luxueux de la collection privée de Tom Ford.

 

 

Impulse für die New Yorker Fashion-Week: Tom Ford wird Chef des US ...

 

 
 

 

 

 

 

La marque ne communique pas sur le créateur de « Fucking Fabulous », lancé en 2017 et dont j’ai énormément entendu parler ne serait-ce qu’à cause du côté provocateur de son nom. C’est un oriental vanillé assez étonnant. J’ai jeté un oeil à la pyramide olfactive mais celle que j’ai pu trouver n’est pas forcément en accord avec l’impression que j’ai eue. L’envolée est assez fugace et je n’ai pas réussi à identifier une matière première ou une autre. Le coeur est cuiré et vanillé avec des notes un peu amandées et le fond est résolument boisé et ambré. Certes je l’ai senti lors d’une journée plutôt chaude mais j’avoue que je n’ai pas forcément adhéré. Je le trouve un peu entêtant voire même écoeurant. Je n’ai pas eu envie de le mettre sur la peau. Il ne correspond pas forcément à mes goûts mais c’est vrai qu’il a une certaine originalité et je suis content, après en avoir beaucoup entendu parler, de l’avoir enfin découvert.

 

« London » est un parfum très épicé lancé en 2013. Je ne l’ai pas senti récemment mais j’avais eu une excellente impression lorsque je l’avais découvert l’an dernier. L’ouverture de café épicé par des notes de safran, de poivre, de cardamome, de coriandre et de cumin très piquante nous emmenait sur un coeur de jasmin et de géranium pour, finalement se poser sur des notes boisées, un peu oud, un peu bouleau mais beaucoup adoucis pas des muscs blancs poudrés et presque frais. « London » est vraiment original. Je n’ai jamais oublié l’impression qu’il m’a laissé et je pense que, si je me décidais à essayer vraiment très précisément un parfum de la Private Blend, il pourrait être l’un de ceux que je choisirai car, vraiment, sur la touche, il m’avait beaucoup plu. Il faut dire que, il y a quelques mois, lorsque je l’ai découvert, j’étais très attiré par les parfumé épicés. Il fait partie des créations que j’ai envie de re-sentir lorsque j’en aurai l’occasion.

 

Créé en 2007 par Jacques Cavallier et Harry Fremont, « Noir de Noir » est également un parfum dont j’avais beaucoup entendu parler et, sur le papier, il m’avait fait envie. J’aime beaucoup les parfums chyprés et épicés et je dois dire que les notes de tête de safran, le coeur de rose et de truffe et le fond mousse de chêne et patchouli renforcés par une note de oud pouvait me plaire. Je l’ai eu à ma disposition et j’ai donc approfondi les choses mais j’avoue qu’il ne m’a pas forcément séduit. Pour moi, même après un temps d’évolution, le côté chypré ne ressors pas vraiment et je ne retrouve que les notes de rose et de vanille. Du coup, pour moi, « Noir de Noir » est un parfum surtout basé sur cet association de matières premières. La rose, renforcée par la truffe est un peu « velours », opulente, et, pour moi, presque entêtante. Je n’ai pas accroché mais je comprends qu’il plaise. Il était précurseur à sa sortie et il est, du coup, maintenant, dans l’air du temps.

 

 

Noir de Noir Tom Ford parfum - un parfum pour homme et femme 2007

 

 
 

 

 

 

 

J’en avais déjà parlé mais il faut bien dire que lorsque j’ai découvert « Lost Cherry » créé par Louise Turner en 2018, il avait été mon coup de coeur de la collection. Moi qui n’aime pas forcément les parfums fruités et opulents, j’ai complètement adhéré à ce parfum qui oscille entre amande, notes de cerises et de prune profondes, jasmin et patchouli. Complexe, inédit, c’est un parfum qui m’a immédiatement séduit par ses multiples facettes. Je n’avais jamais oublié l’impression qu’il m’avait laissé sur mon poignet un jour froid d’automne. Lumineux, il m’avait énormément plu et je m’étais dit que je pourrais le porter très facilement. On retrouve la griotte et la cerise à tous les étages de la pyramide olfactive. Les notes de tête sont amandées et liquoreuses mais le coeur de prune, de griotte un peu acidulée et de prune confite est complètement dans ma zone de confort d’autant que le côté jasminé le complète parfaitement. Le fond de clou de girofle, de fève tonka, de patchouli et de vétiver est très délicat et réussi. « Lost Cherry » est vraiment addictif mais il reste parfaitement élégant. J’ai beaucoup aimé ce parfum et mon impression est confirmée.

 

Lancé en 2007 et créé par Olivier Gillotin, « Tobacco Vanille » est également un parfum dont j’avais toujours entendu parler. Je l’avais découvert à l’automne et beaucoup aimé et j’ai confirmé mon impression en le re-sentant. À la fois oriental et épicé, ce parfum est un duo entre la vanille et le tabac comme son nom l’indique. L’ouverture de tabac blond associé aux notes épicées est absolument addictive et la dualité entre la fève de cacao, la fève tonka et la fleur de tabac en coeur reposant sur un fond boisé est du plus bel effet, je dois l’admettre. Opulent, dense, parfois sombre mais jamais trop « goudronné », « Tobacco Vanille » est l’archétype même du parfum que j’aime sentir mais que je ne pourrais pas porter. Il est trop oriental pour moi, trop puissant, son sillage est trop important. Pourtant il est beau c’est indéniable et je comprends son succès. Il est sans doute, pour moi, l’un des plus réussis de la collection.

 

 

Parmi les parfums de la Private Blend devenus des classiques, il y a évidemment « Tuscan Leather » qui est si prisé par les amateurs que la marque en a sorti une version intense. Créé en 2007, c’est un cuir, un vrai, dense profond presque rêche. L’ouverture de framboise est très fugace autant que l’est le coeur de résine oliban et de jasmin. Ce sont les notes de fond avec un accord cuir, daim, légèrement adoucis par une ambre sèche qui lui donne son identité. Pour moi, « Tuscan Leather » est un peu abrupte. Je lui préfèrerai « Ombré Leather » dans la collection Signatures que je trouve plus facile à porter. Ceci dit, pour les amateurs de cuir profond et très « maroquinerie », il est vraiment parfait. Je pense que son sillage et sa tenue doivent être impressionnantes. Je comprends son succès. Je l’imagine en plein hiver dans une écharpe en cachemire et je pense qu’il doit tout de même, malgré son côté ultra sec, être très agréable à porter. Là, encore, il n’est pas forcément pour moi mais je sais reconnaitre que c’est un beau parfum.

 

Lancé en 2009, « White Suede » a été la bonne surprise de ma découverte. L’envolée de thé noir et de sauge, le coeur de rose, de safran et de muguet et le fond à la fois poudré par les muscs blancs et lacté, presque crémeux apporté par le santal s’harmonisent parfaitement. Je le trouve vraiment très agréable, très original. Il m’a beaucoup plu. Je trouve que c’est un parfum cocon qui doit être vraiment très agréable à porter. Il me plait, c’est indéniable. Est-ce que j’aimerais le porter ? Je ne sais pas. J’ignore si je pourrais aller au-delà de ma limite de prix pour ce parfum-ci. Il est beau, je pense un peu addictif mais je ne suis pas tout à fait certain qu’il soit pour moi. En tout cas, je le trouve très réussi, atypique et élégant à la fois. Je suis beaucoup revenu dessus et, s’il est assez linéaire, il m’a paru particulièrement réussi. « White Suede » est une très jolie surprise et j’espère le re-sentir prochainement.

 

Vous connaissez mon attirance pour la note de prune et pour l’immortelle et il était donc logique que je tente de sentir « Plum Japonais » créé en 2013 par Yann Vasnier. L’ouverture est épicée avec des notes de safran et de cannelle, le coeur de prune du Japon, légèrement acidulé est associé à la fleur de l’arbre qui la produit et à l’immortelle et le fond est ambré et vanillé. J’avais noté qu’il avait une parenté avec le « 401 » de Bon Parfumeur qui est l’un de mes récents coups de coeur et c’est vrai qu’il y a de ça. Le sillage a l’air très important et je pense que la tenue l’est aussi. J’avoue que je suis un peu dérangé, à un moment de l’évolution, par la note d’oud en fond et que j’aurais préféré un bois plus neutre. Si je dois aller plus loin en le comparant au « 401 » je dirai que ce dernier me convient mieux. Il a aussi un côté prune confite et vanille mais je trouve que sa formule plus courte et épurée est plus proche des mes goûts. Ceci dit, « Plum Japonais » est un très beau parfum et sans doute l’un des plus atypique des créations que je connais désormais de la Private Blend. Si je devais choisir, je pense que je lui préfèrerai « Lost Cherry ».

 

Je ne reviendrai pas sur « Shangaï Lily » créé en 2013 par Antoine Maisondieu mais je vous renvoie à mon article sur ce parfumeur car cette création fait également partie de mes coups de coeur de la Private Blend. J’ai également fait l’impasse sur les hespéridés qui sont nombreux et dont certains sont des bests sellers car, pour moi, dans cette famille olfactive, on peut trouver un équivalent avec la même qualité, une tenue plus longue et un prix plus bas relativement facilement. Je suis loin de connaitre toute la collection (ou plutôt toutes les collections car il y a des subdivisions mais je ne m’étendrai pas là-dessus) mais mes récentes découvertes confirment mon impression. La Private Blend de Tom Ford est une collection très onéreuse qui comporte de belles choses. Ceci dit, franchir le pas n’est pas, pour moi et pour l’instant, à l’ordre du jour même s’il y a au moins deux parfums parmi ceux que j’ai senti et même essayé qui m’ont séduit. C’est une collection à découvrir et, si vous arrivez à y avoir accès car elle est peu diffusée, n’hésitez pas à vous y pencher.

 


02/07/2020
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Cuir de Russie, un accord mythique

Inspiré de l’odeur du cuir imperméabilisé par du goudron de bouleau des bottes de cosaques, l’accord cuir de Russie, est une note prépondérante dans la parfumerie de la fin du XIXème siècle et également de la première moitié du XXème. Je n’ai pas réussi à trouver à qui nous devons cet accord qui est très important dans la famille olfactive des cuirs même s’il n’est pas le seul à être utilisé. De nombreuses maisons de parfumerie vont, particulièrement dans les années 20, lancer leur cuir de Russie. Certains donneront d’ailleurs ce nom à leurs parfums tels L.T. Piver, Guerlain ou encore Creed et Chanel. D’autres, tels Ernest Daltroff utiliserons cet accord d’essence de bouleau et de mousse de chêne dans un des créations telles que « Tabac Blond » pour Caron. Si cette facette des parfums cuirés est un peu passée de mode, je ne peux m’empêcher de penser qu’elle est l’une des plus intéressantes de cette famille olfactive. Pour décrire le cuir de Russie je dirai qu’il prend plusieurs formes, qu’il peut être interprété de manières diverses et variées et qu’il y en a pour tous les goûts. J’ai sélectionné quelques parfums qui sont, pour moi, emblématiques de cette sous-famille olfactive et qui sont arrivés jusqu’à nous même s’ils sont ancestraux ou qui, au contraire, ont été créés dans les dernières décennies « à la manière de… ».

 

Mon premier est mythique, mon second est intemporel, mon troisième est un petit plaisir pas très cher et mon tout est, évidemment « Cuir de Russie » de L.T. Piver que je porte depuis presque dix ans, que mon grand-père a porté avant moi et que, je l’espère, les générations suivantes aimeront autant que je l’aime. Lancé en 1939 sous une forme proche de celle qui existe aujourd’hui, ce parfum est, en fait, une réinterprétation d’une cologne que la maison a créé au XIXème siècle. Plutôt estampillé masculin il est construit autour de l’accord mousse de chêne et bois de bouleau mais il n’est pas trop sombre car il a un départ à la fois hespéridé, miellé et épicé qui conduit vers un coeur de patchouli et de cannelle pour évoluer vers un fond musqué contenant des notes de ciste, de résine oliban, de mousse de chêne et de bois de bouleau. L.T. Piver ayant été très précurseur, dès le XIXème siècle dans l’utilisation des molécules de synthèse, je ne sais pas quelle est la part de chimie dans la création de ce parfum mais son effluve a un côté ultra complexe et naturelle à la fois. La concentration eau de toilette est la seule désormais disponible (une eau de cologne et une lotion existaient il y a encore quelques années) mais sa tenue est absolument parfaite. Le sillage est assez important également. « Cuir de Russie » ne ressemble à rien d’autre. Je trouve que c’est une pépite absolu. Si ce parfum a ses adeptes et surtout ses fidèles, il n’est pas forcément facile à trouver et son circuit de distribution est assez étonnant. Il trône sur les étagères de pas mal de parfumeries indépendantes mais aussi dans les parfumeries plus atypiques et dans certaines drogueries. Avec ce classique de la parfumerie, on peut avoir une très très belle création pour mois de 60 euros les 100 ml et, vraiment, je pense qu’il faut le mentionner car il est vraiment exceptionnel.

Cuir de Russie L.T. Piver Cologne - un parfum pour homme 1939

 

Lorsque Jacques Polge, dans les années 2000 a décidé de rééditer, en eau de toilette et en extrait, « Cuir de Russie » créé en 1924 par Ernest Beaux pour Chanel, j’ai trouvé qu’il avait eu une idée de génie. J’ai souvent évoqué ce parfum comme mon préféré dans la collection des Exclusifs et je persiste. Il y a quelques années, l’eau de toilette a été supprimée au profit d’une eau de parfum mais, hélas, je ne trouve pas forcément que sa tenue soit meilleure. Estampillé comme un féminin, je trouve qu’il a quand même un côté assez « gentleman » et je pourrais le porter sans problème. Moins hespéridé et un peu plus poudré que celui de L.T. Piver, ce cuir est un peu plus sombre aussi. Je trouve que l’accord cuir de Russie associé à la feuille de tabac et à l’héliotrope est à la fois assez duel. Il y a un côté sombre et un autre plus lumineux. Ernest Beaux surfait sur le travail de Jacques Guerlain pour donner son interprétation de cet accord. Aujourd’hui, je trouve que « Cuir de Russie » a vraiment un côté « très Chanel » et j’aime beaucoup le sentir. Il y a quelque chose d’assez unique dans le travail de ce parfum. Je trouve qu’il est la quintessence de l’esprit de la maison. Je ne sais pas s’il remporte encore le même succès mais je dois dire que je suis tout à fait séduit à chaque fois que je le sens. Je ne sais pas si je le porterai car je le trouve vraiment léger mais j’en ai envie régulièrement. Il m’emmène dans l’Orient-Express ou dans le trans-europ-express en compagnie d’élégantes et de dandys. Vraiment c’est une réussite.

 

Cuir de Russie Eau de Parfum Chanel parfum - un parfum pour femme 2016

 

 

Créé en 1919 par Ernest Daltroff, « Tabac Blond » de Caron est un cuir de Russie qui porte un autre nom comme je le disais en introduction. L’histoire de ce parfum l’a rendu mythique. Lancé pour les femmes et inspiré du tabac blond des cigarettes américaines, ce parfum profond, cuiré et très androgyne a été pourtant adopté par les hommes. D’extrait en eau de parfum, il a traversé les décennies malgré quelques reformulations et a toujours des adeptes. Avant la vente de la marque par le groupe Alès, sa version « fontaine » était l’une des meilleures ventes de cette luxueuse collection. Pour moi, il est, sans aucun doute l’une des créations les plus emblématiques de la parfumerie française entre tradition et excentricité. Son départ classique de bergamote nous ouvre sur un coeur plus étonnant de vétiver, d’iris et d’ylang ylang puis un fond cuir de Russie renforcé d’une pointe de vanille et de patchouli. C’est un parfum tabac sans tabac et pourtant il exprime parfaitement les volutes élégantes et surannées des années vingt et trente. Je trouve qu’il est vraiment un exemple du génie d’Ernest Daltroff et de l’identité très forte des parfums Caron de cette époque. Certains experts auto-proclamés de la parfumerie pourraient me dire que les reformulations l’ont beaucoup changé car ils ont senti, à l’osmothèque, une ancienne version proche de l’original mais je rétorquerais que le parfum évolue, qu’il se renforce et qu’il change avec le temps. C’est donc une affirmation bien aléatoire que je ne m’aventurerai pas à confirmer. Ceci dit, je ne possède pas leur « science » et je préfère m’en tenir à mes impressions. Pour moi, la version extrait de « Tabac Blond » que je connais (bien) est une merveille et, avec le rachat de la maison et la nouvelle politique qui, jusque-là me laisse dubitatif, je me demande ce qu’il va advenir de ce parfum mythique. Wait and see.

 

Tabac Blond Parfum Caron parfum - un parfum pour femme 1919

 

 

Outre Creed dans les années 50 les parfumeurs ont abandonné plus ou moins cet accord au profit d’autres facettes du cuir plus brutes ou plus chyprées. Il faudra attendre l’avènement de la parfumerie de Niche et son développement depuis les années 90 pour que certains tels Christopher Sheldrake ou plus tard Marc-Antoine Corticchiato par exemple en donnent leur lecture. Je ne vais pas encore revenir sur « Cuir Mauresque » de Serge Lutens qui est un mix entre l’accord bouleau et mousse de chêne et l’univers de « L’Heure Bleue » de Guerlain ou encore « Cuir Ottoman » qui, sans utiliser l’accord, en recrée l’impression. Je préfère retourner à un autre parfum que j’aime et dont j’ai moins parlé. Il s’agit de « Cuir Fétiche », créé par Jean-Paul Millet-Lage et lancé en 2011 chez Maître Parfumeur et Gantier. Avec l’interdiction de matières naturelles, il faut utiliser d’autres ingrédients synthétiques ou naturels pour recréer cet accord. Là, le parfumeur a apparemment opté pour la chimie et c’est une réussite. « Cuir Fétiche » est, pour moi, une interprétation à mi-chemin entre classicisme et modernité du cuir de Russie. Il s’enrichit de notes de tête de géranium et d’agrumes, d’un coeur d’iris, d’ylang ylang, de vanille de jasmin et de rose et de fond d’ambre et de patchouli. Il a un petit côté oriental mais reste dans la plus pure tradition des cuirs de Russie d’antan tels que je me les imagines. J’ai toujours aimé ce parfum et j’ai la chance de le sentir très régulièrement. C’est une effluve de séduction et d’élégance à la fois. Vraiment, pour moi, « Cuir Fétiche » est l’un des plus beaux parfums sur le marché actuellement.

Cuir Fetiche Maitre Parfumeur et Gantier parfum - un parfum pour femme 2011

 

 

Plutôt influencé par les cuirs de Russie à l’anglaise enrichies d’une note dominante de feuille de Violette, « Aleksandr » lancé en 2012 par la marque espagnole Arquiste est aussi une interprétation de cet accord mousse de chêne et essence de bouleau. L’ouverture un peu néroli et vodka est assez surprenante mais très vite le cuir et l’association iris et feuille de violette viennent lui donner son identité. Je trouve qu’il a une parenté avec « Mahon Leather » de Floris London que j’ai tant aimé. Le cuir de Russie à l’anglaise a un côté plus poudré et il est, presque toujours associé à la feuille de violette. Je pense que c’est la maison Creed qui a initié ce concept dans les années cinquante et je trouve que c’était une très bonne idée. Avec « Aleksandr », Arquiste réinvente cette association classique. Le parfum est frais, aérien et il est très agréable de suivre son élégant sillage de « cuir de violette ». Il me fait assez envie depuis que je l’ai découvert et je pense que, lorsque je ne pourrais vraiment plus porter « Mahon Leather » que j’adore, il pourrait être une option sérieuse. Il a un côté très daté, je dirais même faussement suranné mais je dois dire que j’aime énormément ce parfum.

 

Aleksandr Arquiste Cologne - un parfum pour homme 2012

 

 

 

Dans le même esprit mais en plus épicé, j’ai aussi beaucoup aimé « Cuir de Russie » créé au XXème siècle par le parfumeur Yuri Gutsatz et relancé par son fils Michel dans sa marque Le Jardin Retrouvé. Je l’avais essayé il y a quelques années et j’ai eu l’occasion, lorsque nous avons été très bien reçus à leur boutique-atelier à Paris, de le redécouvrir. C’est un parfum peut-être un peu trop léger pour moi mais je sais en apprécier la finesse de la création. Outre l’accord bois de bouleau et mousse de chêne, on y retrouve la douceur de l’ylang ylang, la profondeur du patchouli et du styrax et les notes poudrées de la violette. Un cuir de Russie également « à l’anglaise », très chic, très finement travaillé, tout en légèreté et en transparence. Dans les découvertes de la marque que j’ai eu la chance de faire, il est l’un de mes préférés. Je pense que son élégance un peu désuète m’a séduit immédiatement. Hélas, j’ai trouvé que la tenue sur moi était assez limitée. Ceci dit, il est vraiment très beau et réussi et je l’aime beaucoup.

 

Cuir de Russie Le Jardin Retrouve perfume - a fragrance for women and men  1977

 

 

Si la législation sur les matières premières est un problème, si les goûts ont porté les amateurs de cette famille olfactive ont évolué au cours des décennies, si les marques du sélectif ont abandonné pour la plupart les cuirs de Russie, je trouve que cet accord conserve ses adeptes et il me semble qu’il peut prendre tellement de facettes qu’il y en a pour tous les goûts. Pour ma part, celui de L.T. Piver me convient très bien et je porte aussi « Mahon Leather » de Floris London jusqu’à épuisement des stocks. Cette liste n’est pas, vous l’aurez compris, vraiment exhaustive mais je voulais explorer les différents esprits du cuir de Russie et ses interprétations par des parfumeurs aux univers parfois opposés, parfois proche. S’il n’enlève rien à la qualité des autres cuirs présents sur le marché, cet accord fait partie de ma bibliothèque olfactive comme un livre de chevet.

 

 

 


01/07/2020
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Jacques Guerlain, parfumeur majeur du XXème siècle

Jacques Guerlain - SYLVAINE DELACOURTE PARIS

 

 

 

Jacques Guerlain (1874-1963) a été, sans aucun doute, l’un des parfumeurs les plus prolifiques et les plus inventifs du XXème siècle. J’avais déjà un peu évoqué son travail dans un article sur la création qu’il avait faite et offerte à Sarah Bernardht mais je ne m’étais pas encore penché sur son oeuvre. Je ne peux, évidemment parler que des parfums qui sont arrivés jusqu’à nous et dont j’ai pu sentir ou porter les dernières versions.

 

Qui était Jacques Guerlain ?

 

« Jacques Edouard Guerlain, né le 7 octobre 1874 et mort le 2 mai 1963, était un parfumeur français, le troisième et le plus célèbre de la famille Guerlain. Parmi les parfumeurs les plus prolifiques et influents du XXe siècle, plus de quatre-vingts de ses parfums nous sont parvenus, bien que certaines estimations suggèrent qu'il en aurait composé près de quatre cents1. Parmi ses plus célèbres parfums se trouvent L'heure bleue (1912), Mitsouko (1919) et Shalimar (1925). Bien que son travail lui ait valu la notoriété universelle, une considérable fortune et des honneurs et la légion d’honneur. Guerlain évitait son public et n'a jamais accordé d'interview. De fait, son processus créatif et sa vie privée sont très peu connus. ». Source Wikipédia. Afin de compléter ces notes biographiques, j’ajouterai que, à l’instar des parfumeurs de la maison L.T. Piver, Jacques Guerlain a beaucoup utilisé les molécules de synthèses qui permettaient, dès le début du XXème siècle, d’enrichir la palette du parfumeur et d’améliorer la tenue des créations lancées sur le marché. Il a également été influencé par Creed et Molinard pour créer et réinventer les orientaux ambrés fleuris qu’il a su, dès les années 20, les populariser notamment avec « Shalimar » en 1925 qui a remporté immédiatement un succès important. Je peux dire également que Jacques Guerlain a bien évidemment été précurseur dans son domaine et ne s’est jamais fermé aucune porte, créant des parfums tous azimuts, explorant toutes les familles olfactives. Durant plus d’un demi-siècle, il a imposé sa vision de la parfumerie et a influencé beaucoup de nez pour lesquels ses créations sont, non seulement une inspirations mais, souvent, également liés à leurs premières émotions olfactives.

 

Influences

 

En écoutant des conférences, des interviewes des plus talentueux parfumeurs actuels, en lisant des articles sur eux, je me rends compte que beaucoup ont, dans un coin de leur mémoire olfactive, « leur » parfum créé par Jacques Guerlain. Stéphanie Poulage m’avait même confié que « L’Heure Bleue » (cette création revient souvent d’ailleurs dans les témoignages) avait provoqué chez elle, lorsqu’elle l’a découvert, une telle émotion, qu’elle a conservé son premier flacon comme un trésor longtemps et que c’est sans doute ce qui lui a donné envie de faire de la parfumerie son métier sans pour autant s’en inspirer dans ses créations. Christopher Sheldrake revendique avoir été influencés par ce parfum qui lui a inspiré « Cuir Mauresque » pour Serge Lutens qui est, indéniablement, une interprétation cuirée de l’esprit de « L’Heure Bleue ». Dans un autre registre, lorsqu’il a créé « Musc Ravageur » pour les éditions Frédéric Malle, Maurice Roucel a donné « sa » version de l’oriental ambré fleuri « à la Jacques Guerlain », le rendant sulfureux, charnel et d’une opulence absolument étonnante qui peut même le rendre dérangeant.L’influence de Jacques Guerlain se remarque, bien souvent, par une certaine parenté entre ses parfums et les créations originales que l’on peut sentir aujourd’hui. Que ce soit fait consciemment et assumé ou parce que son travail est devenu, avec le temps, un point de référence de la création, je trouve que c’est très net. Je pourrais citer par exemple, « Iris de Nuit » de James Heeley auquel je trouve une parenté avec « Après L’Ondée » ou encore « Coco » de Chanel qui, par certains côtés me rappelle le côté très vanillé de « Shalimar ». De toute manière, l’inspiration des parfumeurs ne vient jamais de nulle part comme celle de tous les artistes d’ailleurs et il est normal que de grandes créations, novatrices pour leur époque soient dans un coin de leur tête.

 

 

 

Quelques incontournables

 

Créé en 1904, « Mouchoir de Monsieur » est une version plus chyprée de « Jicky » créé par Aimé Guerlain et qui était relativement souvent porté par des hommes. Au départ, Jacques Guerlain l’avait, comme son nom l’indique, imaginé uniquement pour parfumer les mouchoirs des hommes et, succès aidant, au cours des décennies, il est devenu un parfum à part entière. Sa concentration eau de toilette le rend extrêmement facile à porter. L’envolée de bergamote est associée à des notes de lavande et de verveine et on évolue sur un coeur de patchouli, de néroli, de cannelle, de rose et de jasmin construit autour de la fève tonka. Le fond poudré d’iris, légèrement ambré et vanillé repose sur la traditionnelle mousse de chêne. J’ai porté ce parfum assez longtemps et je dois dire que, si ça tenue est un peu trop brève pour mon goût, je lui garde un certain attachement et je suis toujours ravi de le re-sentir. Il est possible que j’y revienne un jour car je le trouve moins modifié que « Jicky ». J’espère que la maison ne l’arrêtera pas car il fait partie, à mon sens, du patrimoine olfactif à la française.

 

 

 

« Après l’Ondée », créé en 1906, a toujours été l’un de mes parfums préférés de la maison Guerlain toute catégorie confondue et je regrette vraiment que le groupe LVMH ait décidé de le supprimer du catalogue cette année car il reste, pour moi, mythique et tellement finement ciselé qu’il n’a pas son pareil dans toute la parfumerie française et je pèse mes mots. On pouvait lui reprocher son manque de tenue évidemment mais la beauté de la création me faisait excuser ce désagrément. J’ai, évidemment évoqué ce parfum dans mon article sur l’association de la violette et de l’iris mais je ne pouvais pas consacrer un post sur Jacques Guerlain sans l’évoquer tant je l’ai aimé. La formule est très complexe et je ne vais pas détailler sa pyramide olfactive car je trouve qu’il en ressort évidemment la dualité entre la violette et l’iris qui rivalisent de facettes poudrées et sont renforcées par le mimosa, la rose et l’héliotrope qui en font ce cocon addictif et d’une rare élégance. La note de jasmin en coeur lui donne ce je-ne-sais-qui de floral en plus et vraiment je trouve que son originalité pour l’époque (il était à contre-courant de ce qui se faisait) et la qualité de sa création en font l’un des plus beaux parfums de tous les temps.

Apres l'Ondee Guerlain parfum - un parfum pour femme 1906

 

 

Je ne vais pas, encore une fois, revenir sur « L’Heure Bleue » que j’ai très souvent évoqué au fil des pages de ce blog et qui est, évidemment, l’un des chef-d’oeuvre de Jacques Guerlain car je ne saurais vraiment pas m’arrêter et j’aurais l’impression de radoter. Il y a d’autres parfums que j’aime de cette époque et notamment « Mitsouko », créé en 1919 et dont j’avais parlé tout au début de ce blog dans mon article sur les parfums chyprés. Il est, pour moi, un autre chef-d’oeuvre de Jacques Guerlain et il faut bien le dire, je trouve que je temps n’a aucune prise sur lui. Il y a bien des années, je l’ai porté de manière tout à fait fortuite et je dois dire que je l’ai vraiment adoré. Il coche toutes le cases et il a tout ce que j’aime. C’est un chypre certes, mais un chypre fruité, inédit, envoûtant et addictif. Son élégance est intemporelle et, s’il est estampillé féminin, de nombreux hommes tels Charlie Chaplin par exemple, se le sont appropriés. Il existe dans les trois concentrations mais j’avoue que c’est l’eau de parfum que je préfère notamment à cause de cette note de lilas et de jasmin en coeur qui s’harmonise parfaitement avec la pêche et l’ylang ylang. Certes, il faut aimer l’association bergamote, mousse de chêne et patchouli mais pour ma part, je trouve que « Mitsouko » réussit le tour de force de l’équilibre parfait.

 

 

Best de la maison Guerlain et de la parfumerie en général, « Shalimar », lancé en 1925 est, il faut bien le dire, un parfum dont le succès ne s’est jamais démenti. Il est le premier à comporter dans sa formule la fameuse guerlinade, overdose de vanille de synthèse obtenue « par accident » par Jacques Guerlain. Il est aussi sans doute mon premier souvenir d’odeur puisqu’il était l’un des deux parfums de ma mère. Si célèbre que la chanteuse Régine en parlera dans sa chanson « Patchouli Chinchilla » comme du symbole de la femme élégante (presque trop élégante) et qu’il a su traverser (tant bien que mal) les époques. « Shalimar » est l’archétype de l’oriental ambré fleuri, la référence entre-toute. Pourtant, il a été de nombreuses fois reformulé et je dois dire que remplacer la douce bergamote en tête par un citron omniprésent et acide n’est pas la meilleure chose que la marque ait faite. Je ne reconnais plus que très difficilement le parfum que j’ai senti toute mon enfance et je trouve qu’il est passé de joyau de la parfumerie à banal oriental vanillé. Quel dommage ! D’aucun pourraient parler de massacre et je crois qu’ils ne seraient pas loin de la vérité (ceci dit, c’est aussi le cas d’  « Habit Rouge » que j’ai porté très longtemps) et il m’a fallu faire « le deuil » de ce parfum que j’ai tellement aimé. De reformulations qui le rendent de plus en plus cheap en déclinaisons plus ou moins éphémères, il est l’une des « vaches à lait » de la marque et je ne peux m’empêcher de trouver cela très dommage.

 

 

"Liu" fait partie des Collections Exclusives, fragrances destinées aux passionnés de parfums rares, sensibles aux matières premières nobles et au raffinement de tous les détails. Les Collections Exclusives sont disponibles en France exclusivement dans les Boutiques parisiennes Guerlain, et désormais sur votre Boutique en ligne Guerlain. Grand amateur d’Opéra, Jacques Guerlain ne pouvait que se laisser envoûter par Turandot de Puccini. Difficile de résister au charme de Liu, une femme aussi belle qu’héroïque, pour qui il compose ce poème olfactif où les aldéhydes interprètent l’un de leurs plus beaux rôles. Elles dominent la tête et annoncent, telles des cymbales, l’entrée de la rose et du jasmin qui déploient avec brio le grand air de la sensualité. Comme une oeuvre musicale, le parfum se doit d’avoir un prolongement calme et voluptueux. Pari tenu car, très vite, la vanille accorde ses accents charnels à ceux de l’iris et des bois. ». Telle est la manière dont la marque présente « Liu » créé en 1929 mais je me suis laissé dire qu’il était également né d’un pari avec Ernest Beaux qui était en fait un défi. Jacques Guerlain devait recréer le « N°5 » de Chanel et Ernest Beaux « Shalimar » et celui qui réussissait aurait le droit de lancer le parfum. Mythe ou réalité je ne sais pas mais je dois dire que je trouve l’anecdote géniale.

Vol de Nuit Guerlain parfum - un parfum pour femme 1933

 

 

 

Parmi les parfums mythiques créés par Jacques Guerlain et qui sont venus jusqu’à nous, il y a « Vol de Nuit », lancé en 1933 et qui était si cher à une autre chanteuse, Barbara, qui l’a porté énormément et qui était très cliente de la maison. Pour l’anecdote, son nom lui a même inspiré le titre d’une chanson qu’elle créera sur la scène du théâtre Mogador en 1990. C’est un oriental boisé « très Guerlain » dans sa version eau de toilette. L’envolée d’agrumes, de narcisse et de fleur d’oranger nous emmène sur un coeur d’iris, de narcisse, de violette, de jasmin et de rose. Le fond est épicé et poudré par une racine d’iris associée à la mousse de chêne et aux muscs blancs. J’aime beaucoup ce parfum que je trouve particulièrement chic. En revanche, j’ai eu l’occasion de sentir la version extrait il y a quelques années et je l’ai trouvé très différent. De ce fait, je n’ai pas accroché. Je lui préfère la trop fugace eau de toilette. Je pourrais facilement porter « Vol de Nuit » même si c’est un féminin mais je trouve sa tenue vraiment trop limitée. Il faudrait s’en doucher pour le faire tenir plusieurs heures. Il reste, au demeurant, l’une des très belles créations de Jacques Guerlain et il faut vraiment aller le découvrir lorsque l’on ne le connait pas car il est une véritable réussite.

 

Barbara : les dernières années

Barbara a créé sa chanson "Vol de Nuit" dont le titre lui a été inspirée par le nom de son parfum de Guerlain sur la scène du théâtre Mogador en 1990. La chanteuse était une "guerlinophile" depuis les années 60.

 

 

 

Il a existé, bien évidemment nombre d’autres créations de Jacques Guerlain qui ne sont pas venues jusqu’à nous et qui ont, parfois, des noms étonnantes comme « Verser Troubler » en 1911 ou encore « Candide Effluve » en 1922. Certains d’entre-eux sont accessibles aux archives de l’Osmothèque de Versailles et j’avoue que j’aimerais vraiment y avoir accès afin de les découvrir. Un jour où l’autre, je m’organiserai une visite dans ce temple de la mémoire olfactive collective. Aujourd’hui, j’ai voulu rendre un hommage aux créations de Jacques Guerlain que je connais et que j’ai parfois porté. C’est une promenade merveilleuses dans le travail de l’un des plus grands parfumeur français et je trouvais incontournable de m’y pencher.

 

 

 


28/06/2020
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Les Création de Monsieur Dior, mon coup de foudre du moment

Les Creations de Monsieur Dior Dioressence Christian Dior parfum ...

 

 

« Christian Dior, né le 21 janvier 1905 à Granville dans la Manche et mort le 24 octobre 1957 à Montecatini Terme en Italie, est un grand couturier français. En 1947, il donne son nom à la maison de haute couture homonyme, financée par Marcel Boussac. Celle-ci s'illustre dès 1947 dans la haute couture et la parfumerie puis dans tous les métiers du luxe. » Source Wikipédia. Très vite, le styliste voudra associer des parfums à ses créations et ainsi naîtra une collaboration fructueuse avec des parfumeurs devenus les pères de la parfumerie moderne. Je pense évidemment à Edmond Roudnitska qui s’attachera à la maison en 1948 et 1976 et inventera plusieurs parfums, dont les mythiques « Diorissimo » et « Eau Sauvage », puis Paul Vacher et enfin Guy Robert qui créera le superbe « Dioressence ». En 2009, François Demachy, parfumeur attitré de la maison, aura l’idée très intéressante de regrouper les parfums mythiques et historiques de la maison dans une collection appelée « les Créations de Monsieur Dior » à laquelle il rajoutera « For Ever and Ever », dans leur version eau de toilette (exception faite de « Diorissimo » qui existe encore aujourd’hui également en concentration eau de parfum et extrait. J’ai découvert et redécouvert la totalité de cette collection confidentielle et un peu injustement oubliée et j’ai trouvé intéressant de les détailler.

 

 

Art de composer le Parfum | Domaine Sainte Blanche

Christian Dior avec Thérèse et Edmond Roudnitska

 

 

 

 

En 1949, Edmond Roudnitska crée "Diorama" autour d’une prune à la fois confite et épicée (thème qu’il reprendra souvent notamment dans « Femme » de Rochas et, évidemment et j’en ai déjà beaucoup parlé, dans « Le Parfum de Thérèse », édité quarante ans après sa création aux Éditions de Parfum Frédéric Malle) associée à des notes d’ylang ylang après une ouverture de safran et de melon et un coeur de gardénia, de jasmin, de clou de girofle et de tubéreuse. La prune, présente dès l’envolée, reste la note principale et s’appuie, en fond, sur une construction vétiver et patchouli. Dans la version parfum qui fut la première à être lancée, la formule était plus complexe mais, au fil des années, Edmond Roudnitska la modifiera pour en donner, en eau de toilette, une version plus épurée qui va à l’essentiel. Je suppose que plusieurs reformulations ont été nécessaire comme pour tous les parfums de la collection mais je trouve que celle qui est commercialisée actuellement est particulièrement belle. Une fois passée les notes de safran et de clou de girofle, la prune, enrichie des accents floraux et boisés, se fait élégante, profonde et légère à la fois. Pour moi, « Diorama » est un véritable coup de coeur.

 

 

 

Très souvent, Edmond Roudnitska travaillera les agrumes dans des créations toujours novatrices et originales qui vont, par la suite, influencer nombre de parfumeurs. En 1955, c’est autour d’un accord chypré qu’il va inventer « Eau Fraîche » en utilisant plusieurs variétés d’agrumes mais surtout de mandarines, jaunes, vertes et oranges. « Eau Fraîche » n’est ni une cologne, ni un hespéridé classique mais sans doute l’un des rares chyprés agrumes que j’ai pu découvrir. En fait, toute la fraîcheur de la mandarine (je devrais dire des mandarines) et des autres agrumes tels la bergamote, sont absolument sublimés par un accord chypré à la fois discret et présent et que l’on remarque dès les notes de tête. Apparemment simple, « Eau Fraîche » est vraiment une création assez éloignée de ce que le parfumeur avait créé pour Rochas avec « Moustache » ou qu’il lancera dans les années soixante pour la maison Dior avec « Eau Sauvage ». « Eau Fraîche » est, pour moi, une interprétation des agrumes presque « huileuse » ou « cireuse » un peu à l’anglaise que je trouve d’un chic absolu. Christian Dior l’avait adopté et le portait quotidiennement. J’ai eu l’occasion de le sentir et le re-sentir et je ne m’en lasse pas. Il faut le dire, c’est vraiment un parfum à redécouvrir.

 

Je n’ai jamais été un grand fan des parfums mythiques de la maison Dior pas plus que des créations récentes à quelques exceptions près. Je pense évidemment à « Poison » ou encore « Dune » dans sa version féminine. Pourtant, il me faut l’admettre, et je l’ai déjà évoqué au fil des pages de ce blog, j’ai eu, de tous temps, un faible très net pour « Diorissimo » créé en 1956. Comme nous l’avons déjà vu, il est l’interprétation faite par Edmond Roudnitska du muguet de son jardin de Cabris sur les hauteur de Grasse. Comme vous l’avez peut-être lu, Christian Dior aimait le muguet, il revenait en filigrane dans ses collections, il en portait, lorsque c’était possible à sa boutonnière et il en offrait à ses ouvrières ainsi qu’à ses clientes. Il était donc naturel qu’il ait envie d’en faire un parfum. Seulement voilà, l’odeur du muguet ne peut pas se capturer. Elle est beaucoup trop fugace. C’est donc au travers d’autres fleurs tels le lys, l’amarilys, le lilas, la boronia et le jasmin, qu’Edmond Roudnitska va, en quelque sorte, interpréter cette fleur, à la manière dont le faisaient les anglais dans de nombreux parfums Lily on the Valley mais en l’intégrant à un bouquet profond, puissant et presque sophistiqué voire, comme le présente la marque, théâtralisé. C’est muguet unique et plein de charme. Je le connais et je l’aime en eau de toilette mais je suis persuadé que les versions eau de parfum et extrait qui existent encore, sont de pures merveilles. « Diorissimo » est un incontournable de la parfumerie et je suis heureux que, même s’il semble un peu daté, il continue d’avoir des adeptes. Je ne le porterai pas mais j’aime le sentir, encore, encore et encore.

 

Les Creations de Monsieur Dior Diorissimo Eau de Parfum Dior parfum - un  parfum pour femme 2009

 

 

 

En 1963, c’est à Paul Vacher qu’il échoit de créer un nouveau parfum, chypré, cuiré, dans l’esprit de « Bandit » de Robert Piguet, imaginé en 1946 par Germaine Cellier. Ainsi naîtra « Diorling ». Faussement classique, avec un départ très net de bergamote, il nous emmène dans un coeur d’iris poudré et profond associé à la rose puis, sur un fond de patchouli et mousse de chêne construit sur un accord cuir de Russie. « Diorling » fait partie de ces parfums cuirés, presque tabac, avec des notes froides qui vont beaucoup plaire aux parfumeurs qui ne cesseront d’explorer ces effluves. Beaucoup d’originaux, certains aujourd’hui disparus, sont construits de cette façon-là et ce n’est pas pour me déplaire. Outre « Bandit », je pense à « Cabochard » de Grès ou encore à « Macassar » de Rochas qui, hélas, n’a jamais été réédité. « Diorling » est une eau de toilette donc il a un côté frais, voire même froid, que je trouve tout à fait élégant. Dès l’envolée de bergamote, il m’a séduit et, même si je lui ai préféré « Diorama » qui correspond à ce qui me fait « planer » en ce moment, je pourrais le porter vraiment facilement.

 

Décidément la maison Dior a beaucoup sorti de parfums chyprés. « Diorella », créé en 1972 par Edmond Roudnitska est de ceux-là. Outre l’accord traditionnel bergamote en tête et association mousse de chêne et patchouli en fond, celui-ci est plutôt floral après des notes de têtes clairement hespéridées dans lesquelles la bergamote douce s’enrichit du « peps » du citron de sicile, c’est un coeur de chèvrefeuille, de cyclamen et de rose qui se pose sur cette association à laquelle le parfumeur a ajouté un vétiver profond et élégant. J’aime beaucoup « Diorella ». Je pense qu’il reste, aujourd’hui encore, un succès de la collection car on peut le retrouver dans les enseignes du sélectif. Pour ma part, je trouve qu’il a une élégance intemporelle et, s’il me parait moins « androgyne » que « Diorling » ou « Diorama », je pense que je pourrais le porter sans aucun problème. Pour moi, il est l’archétype du chic de la maison Dior telle que je me l’imagine. C’est une petite merveille, c’est évident et je pense qu’il est si facile à porter (tout en gardant identité et singularité), qu’il peut plaire à tous les âges. « Diorella » est un peu devenu un « célèbre confidentiel » mais je l’aime beaucoup et je suis toujours heureux de remettre mon nez dedans.

 

« Dioressence », créé par Guy Robert en 1979 est aussi un chypré mais celui-ci a des accents orientaux et floraux. Son ouverture de bergamote, de mandarine et de patchouli donne le ton avec sa pointe d’aldéhydes. Le coeur de tubéreuse, violette, iris, ylang ylang et jasmin est construit autour de la cannelle mais aussi du géranium et de l’oeillet qui lui donnent ce côté piquant reconnaissable immédiatement. Le fond de patchouli et mousse de chêne est enrichi de muscs blancs, de vétiver et de vanille qui lui donnent une identité de « chypré oriental » si je peux m’exprimer ainsi. C’est un parfum profond, puissant et je pense que la version eau de toilette s’imposait afin qu’il ne soit pas too much. Pour moi, « Dioressence » est vraiment le plus daté de la collection et je dirai qu’il est typique de ces parfums complexes du début des années 70 qui veulent renouer avec la tradition des parfums à la fois élégants et surannés de la première moitié du XXème siècle. J’aime sentir « Dioressence » mais il n’est pas mon préféré. Je le trouve un peu figé dans le temps et peut-être qu’il ne peut pas être porté par tout le monde. En revanche, je sais apprécier la qualité et l’inventivité du travail de Guy Robert et admettre que c’est un très beau parfum.

 

 

Le plus récent de la collection est « Forever and Ever », sorti en 2001 qui est un vrai floral construit autour d’une rose fraîche de Bulgarie avec des notes de freesia et de jasmin de Grasse. Je ne suis pas certain car je n’ai pas trouvé l’information mais je pense que, déjà c’était François Demachy qui l’avait créé car « Forever and Ever » est tout à fait dans l’esprit qu’il imprime à la maison Dior depuis qu’il en est le directeur artistique. Cette rose fraîche, qui ressort d’un bouquet floral est parée de muscs blancs très poudrés et « revigorants » à la fois. Le jus, rose, très « girly » tranche un peu avec le classicisme du reste de la collection. Je dois dire que, si j’étais un peu dubitatif, j’ai adoré le sentir. C’est un parfum résolument moderne mais qui a tout à fait sa place dans « les Créations de Monsieur Dior » car il est, pour moi, la quintessence de l’image que j’ai de la maison. C’est un parfum facile d’accès, à la fois élégant et très facile à porter. Il est impossible de faire une faute de goût avec « Forever and Ever ».

 

 

Voilà, vous l’aurez compris, parmi les collections de Dior, celle-ci, la plus « historique » est celle que j’ai préféré découvrir même si je me pencherai volontiers sur la collection privée (j’en ai pour un moment) dans un prochain article. J’ai tenu à faire une revue complète de ces parfums mythiques, créés par des parfumeurs qui ont révolutionné, en leur temps, l’olfaction et la perception des effluves. Je suis séduit… totalement séduit… Moi qui n’était absolument pas attiré par l’esprit parfumé de Dior. Comme quoi, il ne faut jamais dire jamais… il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

 

 


28/06/2020
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Quelques idées pour l'été

C’est l’été, la chaleur n’est pas toujours agréable aussi ai-je sélectionné quelques types de parfums que j’aurai plaisir à porter durant les deux mois à venir. J’ai décidé de ne pas trop me concentrer sur les hespéridés car c’est un peu la tentation que j’ai eue en réfléchissant à cet article. Hespéridé, marin, floral, boisé ou minéral quel sera votre choix cet été ? Pour ma part, je ne sais pas choisir alors je vais aller explorer différentes options de « parfums de vacances » que je connais bien car je les porte (ou les ai portés) et tous m’ont beaucoup plu. Il y en a pour tous les goûts et pour tous les budgets car, même au plein coeur de l’été, il est toujours agréable de se parfumer soit pour se rafraîchir soit pour s’envelopper d’un cocon pour un soir plus frais.

 

Les colognes :

 

J’avais envie de parler, pour commencer, de la construction cologne et pas forcément de la concentration la plus légère de la parfumerie même si, dans mes choix, il y a aussi des créations légères et éphémères pour ceux qui préfèrent se reparfumer au cours de la journée. La première idée que j’ai eue est la « Cologne des Princes » de L.T. Piver (prix conseillé 29 euros pour 100ml) créé en 1850. Entre notes agrumes et aromatique, légèrement musqué, c’est un classique du genre. J’aime beaucoup le mélange bergamote, citron et orange conjuguée avec une note discrète de lavande et d’estragon. Sa tenue est un peu limitée mais vraiment je la trouve très agréable à porter. La seconde, redécouvert très récemment est la « Cologne à la Russe », cette re-création d’une eau de 1906 (prix conseillé 94 euros pour 100 ml) est une eau de parfum lancée en 2004. L’ouverture d’agrumes est très classique mais son coeur à la fois aromatique et fleuri lui donne toute sa singularité. Sa tenue est excellente et son sillage tout à fait suffisant. J’aime beaucoup cette création de Frédéric Burtin et je trouve que c’est un bon compromis si l’on veut un esprit cologne avec tout de même un jus un peu sophistiqué. Enfin, on peut tenter « 154 Cologne » (Prix conseillé 110 euros pour 100 ml mais d’autres conditionnements existent) créé en 2001 par Jo Malone pour sa marque et qui est un classique avec ouverture agrumes, notes aromatiques et légèrement épicées et fond musqué avec un soupçon de vétiver. . Enfin, je citerai « 24 Old Bond Street », relancée et recomposée par Violaine Colas et Christine Nagel pour Atkinsons en 2013 (Environs 95 euros les 100 ml mais existe aussi en 50 ml) et qui, outre la composition agrumes et notes aromatiques, est composée autour d’un coeur de rose et de thé noir. Ces trois interprétations de la cologne sont très différentes et en même temps, répondent à un même esprit, la dualité entre les muscs blancs, les agrumes et les notes aromatiques

 

Les hespéridés :

 

Rafraichissants, sans lavande mais uniquement basées sur des notes d’agrumes, les parfums de cette famille olfactive sont de plus en plus nombreux. J’en ai souvent parlé mais le premier qui me vient à l’esprit, pour son explosion de fraîcheur est L’ « Eau d’Hadrien » lancé par Annick Goutal en 1980 (Prix conseillé 110 euros pour 100 ml mais existe aussi en 50 ml). C’est un classique et, comme le dit la parfumeuse Isabelle Doyen, il plait de 7 à 77 ans. Pour moi, je l’ai dit, la version eau de toilette est plus réussie que la concentration eau de parfum. Quand je pense à cette famille olfactive, évidemment, les délicates fragrances de Jo Malone me viennent à l’esprit. Beaucoup auraient leur place dans ce paragraphe mais, cette année, je retiendrai peut-être « Grapefruit » que la créatrice a lancé en 1992 et qui est une variation autour du pamplemousse avec un coeur de jasmin, de menthe et de piment et un fond un peu boisé (Environs 110 euros pour 100 ml mais existe aussi dans d’autres conditionnements). J’aime son côté à la fois frais et légèrement amer qui me rappelle un pamplemousse coupé fraîchement. Sa tenue est modérée mais suffisante. Je trouve qu’il faut partie de la belle collection blanche des « colognes » même s’il s’agit plutôt d’une concentration eau de toilette. Il existe nombre de beaux hespéridés dans le sélectif tels « Eau de Rochas » pour homme comme pour femme par exemple mais j’ai eu un coup de coeur pour « Des Clous pour une Pelure », une orange confite et épicée de notes de clou de girofle, (Prix conseillé 130 euros pour 100ml), créé par Christopher Sheldrake et lancé au début de l’année 2020. J’aime beaucoup son évolution mais attention, le jus est bleu turquoise et peut tacher les vêtements. Enfin, j’aime beaucoup toute la collection italienne de Perris Monte Carlo sortie en 2018 et enrichie, en 2019 de « Arancia di Sicilia » qui est peut-être celui que je conseillerai pour les jours de canicule tant il représente toutes les facettes de l’orange sanguine, amère ou douce et tant il est une explosion de fraîcheur. Je l’ai porté tout l’été l’an dernier et j’ai adoré. Sa tenue est modérée mais suffisante et, même si son prix est plus élevé (145 euros pour 100 ml), je trouve que les matières premières exceptionnelles autant que le dimension artistique de la création le justifient. C’est une concentration eau de parfum et il est vraiment très facetté.

 

Des Clous Pour Une Pelure Serge Lutens parfum - un parfum pour homme et  femme 2020

 

 

 

Les « salés » :

 

Depuis deux ou trois ans, j’ai un petit faible pour les parfums iodés et salés l’hiver. Ils se divisent en deux catégories, les « salins » hespéridés et les « vanilles salées ». Les deux ont leur intérêt et je peux revenir sur « Acqua di Scandola », lancé en 2019 et créé par Marc-Antoine Corticchiato pour sa marque Parfum d’empire (94 euros pour 50 ml) et qui associe les notes d’agrumes (citron et bergamote en tête) avec des algues très iodées et gorgées de sel marin. J’aime beaucoup ce parfum très frais avec son fond de muscs blancs. C’est un tournant dans la créativité du parfumeur et je trouve qu’il est particulièrement bien négocié. Dans cet esprit, il me faut parler une fois encore de « Sel Marin » de James Heeley (130 euros pour 100 ml) qui met l’accent sur les notes de bergamote, d’herbe coupée et de sels sous toutes ses formes associés à des algues en coeur. Le fond de cèdre et de muscs blancs fait tenir l’ensemble et j’ai adoré le porter l’été dernier. Il revient vers moi avec la chaleur de l’été. Mes « vanilles salées » préférées sont, sans aucun doute « Vanilla Vibes » sorti en 2019 chez Juliette Has a Gun (Environs 100 euros pour 100 ml) et qui m’emmène sur des plages des Caraïbes avec une impression de sable chaud vanillé et de sel marin. J’ai adoré ce parfum lorsque je l’ai senti mais, pour être honnête, je ne l’ai pas essayé et je ne connais absolument pas sa tenue. « Couleur Vanille », créé par Aliénor Massenet est la nouveauté 2020 notable chez l’Artisan Parfumeur (135 euros pour 100 ml) et là, ce sont les matières premières nobles (vanille de madagascar conjugué avec des notes salées) qui prévalent. Il est, en terme de prix, plutôt sur une fourchette haute pour ce genre de parfum mais, vraiment, je trouve que c’est justifié. Sa tenue est impeccable, son développement tout en finesse et l’originalité de la création, tout y est.

 

 

Sel Marin James Heeley parfum - un parfum pour homme et femme

 

 

 

 

Les floraux :

 

Exotiques et capiteux comme une invitation au voyage ou plus froids et salés, ils sont aussi de bons partenaires pour l’été. Pour ma part, mon choix s’est porté à la fois sur « Ylang Ylang Nosy Be » de Perris Monte Carlo créé en 2014 (145 euros pour 100 ml d’eau de parfum mais existe aussi en extrait 50 ml pour 250 euros), il est certes très haut de gamme eu égard à la qualité de ses matières premières et m’évoque tout à fait la chanson de Jacques Brel, « les Marquises » avec la pluie qui alourdit les pétales des fleurs exotiques. Il est idéal pour une soirée en extérieur. Délicat et formidablement réussi, il est l’un de mes parfums signature. J’aime l’ylang ylang et celui de Lorenzo Villoresi lancé en 2014 (116 à 130 euros les 100 ml d’eau de toilette et une tenue irréprochable) m’a également séduit. Beaucoup plus botanique que le précédent, il a un départ un peu piquant et presque dérangeant mais son développement est d’une grande élégance. Je l’aime beaucoup également même si je ne l’ai pas encore porté cette année. Le lilas est également une option. J’aime beaucoup « En Passant », créé en 2000 par Olivia Giacobetti pour les Éditions de Parfum Frédéric Malle (140 euros pour 50 ml d’eau de parfum mais existe aussi en 30 ml et en 100 ml), il est une interprétation à la fois aquatique et réaliste de cette fleur des jardins que j’affectionne particulièrement. Son prix est assez élevé et on peut aussi se pencher sur « Lilas Exquis » de Jacques Fath (134 euros pour 100 ml d’eau de parfum) ou encore « Lilac Path » d’Aerin Lauder (105 euros pour 50 ml d’eau de parfum mais existe aussi en 100 ml) qui sont deux belles créations dans le même style. Pour ma part, j’ai préféré « Fathom V » créé en 2016 par Julie Marlowe et Julie Dunkley pour la marque britannique Beaufort London (130 euros pour 50 ml d’eau de parfum mais avec une tenue exceptionnelle) que j’ai trouvé tellement original avec des notes salines et froides. Il est très rafraîchissant pour cette saison et peut aussi se porter tout au long de l’année. Il est, pour moi, un véritable coup de foudre.

 

Fathom V BeauFort London parfum - un parfum pour homme et femme 2016

 

 

 

Les boisés :

 

Je ne suis pas très fan de cette famille olfactive mais les bois, ou encore le vétiver, travaillé de manière très fraîche, peuvent être un bon compagnon pour l’été. J’ai choisi de me concentrer sur les deux que je porte et qui ont étés créés par Daphné Bugey. « Glacialis Terra » a été lancé en 2016 dans la collection Natura Fabularis de l’Artisan Parfumeur (175 euros pour 75 ml d’eau de parfum à la limite de l’extrait) et c’est un travail autour du vétiver, des notes vertes et de l’absinthe. Il a vraiment un côté « terre de sous bois glacé » et est parfait pour se rafraichir. Pour moi, il est une interprétation complètement inédite du vétiver et je l’ai adoré tout de suite. Résolument moderne, il ne ressemble à rien d’autre. Je l’ai beaucoup porté et je continue. Je crois qu’il est, hélas, discontinué mais j’ai du stock. Le second, « Peau de Pierre » est un bois de réglisse minéral lancé également en 2026 (43 euros les 40 ml mais existe aussi en 90 ml d’eau de parfum) et ne ressemble à rien d’autre. Frais, boisé, un peu bois brûlé sur certaines facettes, c’est une vraie création froide et fort agréable à porter. Le seul bémol est qu’il est devenu difficile à trouver en boutique et qu’il ne reste que quelques sites internet qui le vendent en France. Je suis près à déroger à ma règle de n’acheter qu’en parfumerie pour celui-ci car aucune ne le propose et je l’aime vraiment énormément.

Glacialis Terra 18 L'Artisan Parfumeur parfum - un parfum pour  homme et femme 2016

 

 

Voilà, il y a plein d’autres belles choses mais je ne veux pas vous noyer d’informations. Je me suis donc concentré sur les jus que je connais bien et dont je peux parler sans les avoir re-sentis car, soit je les ai portés, soit je les ai essayés à plusieurs reprises. Ce sont surtout des parfums d’auteurs mais je me suis dit que l’été et la chaleur n’étaient pas des excuses pour ne pas faire de singulières découvertes et se montrer audacieux. J’espère que ma sélection vous plaira même si je n’ai parlé que de parfums que j’avais déjà évoqué au fil des pages de ce blog.

 


27/06/2020
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"Aura" et "Scandal", deux réussites dans le circuit sélectif

En règle générale, je n’aime pas du tout les parfums de ces deux marques et certainement pas les masculins mais, pour les filles je dois dire que, depuis quelques années, que ce soit Jean-Paul Gaultier ou encore Thierry Mugler, frappent fort, l’un avec « Aura » et l’autre avec « Scandal » tous deux sortis en 2017. Autant les originaux que les flankers nous éloignent des sempiternels parfums convenus, vus, revus, sentis et re-sentis et, en les redécouvrant, j’ai eu envie de leur écrire un article en forme de coup de chapeau. Il faut dire que les parfumeurs qui se cachent derrière ces créations sont loin d’être les moins bons. Jugez plutôt : Amandine Clerc-Marie, Christophe Reynaud, Daphné Bugey et Marie Salamagne pour « Aura » et Fabrice Pellegrin en collaboration encore avec Christophe Reynaud et Daphné Bugey pour « Scandal ». L’un est vert et très « liane », l’autre gourmand et floral et je dois dire que je suis assez client. C’est en me rendant compte que Daphné Bugey, dont j’aime particulièrement le travail, avait participé à leur création que j’ai eu envie de les sentir.

 

Avec son flacon vert émeraude en forme de coeur, je dois admettre que « Aura », de prime abord, ne m’attirait pas du tout. Je ne me souviens pas pourquoi je l’ai senti mais je ne l’ai jamais regretté. J’ai horreur de l’univers sucré de Thierry Mugler et « Angel » autant que « Amen » me tourne la tête et m’écoeure énormément aussi étais-je un peu dubitatif lorsque je l’ai senti pour la première fois et j’avoue que la surprise a été de taille. « Aura » ne ressemble à rien de ce que j’ai déjà senti. Je l’ai déjà évoqué d’ailleurs dans plusieurs articles. Pour moi, c’est un oriental vert (mais peut-être suis-je influencé par le flacon) et vraiment il m’évoque une randonnée à travers la forêt amazonienne à la fois fascinante et hostile. Je parlais de « liane » tout à l’heure mais c’est vraiment à ça qu’il me fait penser quand je le sens. Les notes boisées sont particulièrement finement travaillées. Son succès a, d’ailleurs été immédiat et deux déclinaisons existent (« Aura » eau de toilette, et, très récemment « Aura » eau de parfum sensuelle) et je le comprends. C’est un parfum complètement à contre-courant des sempiternels fruités sucrés qui sortent en masse année après année depuis quelques temps. Je ne doute pas qu’avec un autre packaging et lancé par une marque plus exclusive, il aurait touché un public très exigeant. Pour moi, c’est le parfum d’une « aventurière de l’Arche Perdu » et il aurait été dommage de passer à côté en étant rebuté par son packaging un peu bling bling et le fait qu’il existe dans une marque dont l’univers, en règle générale, ne me parle pas.

Aura Mugler Mugler parfum - un parfum pour femme 2017

 

 

Quitte à choisir un parfum sucré et miellé dans l’air du temps autant en trouver un réussi et je trouve que « Scandal » est parfaitement réalisé. On y retrouve la signature toujours très singulière de Fabrice Pellegrin. En règle générale, j’ai une aversion pour les parfums de la marque mais surtout parce que je n’ai senti que les masculins. Je dois admettre qu’il y a quelques féminins que j’aime et « Scandal » en fait partie. Construit autour du jasmin et du gardénia, il est sucré, il ne faut pas se mentir, on y retrouve des notes de caramel, de miel et de cire d’abeille. Comme ça, sur le papier, il pourrait paraître too much et pourtant non. Il y a un équilibre entre les notes de tête d’orange sanguine et de mandarine, un coeur de fleurs et de fruits miellés et un fond de patchouli et de bois de réglisse qui est une note qui m’attire irrémédiablement. La marque a lancé trois flankers, « Scandal by Night », plus oriental en 2018, « Scandal à Paris », plus chypré floral en 2019 et enfin « So Scandal », plus fruité en 2020 il y a quelques semaines. J’aime bien l’idée qu’on retrouve des variations subtiles autour de la formule et non pas que ce soit d’autres créations avec le même nom. Ceci dit, je préfère et préfèrerai toujours une fragrance unique à toutes les déclinaisons. Avec son flacon très ostentatoire, « Scandal » pourrait en rebuter certains (moi le premier car je trouve qu’il a quand même un côté cheap) mais il faut découvrir le (les) jus car, dans le style, la création est impeccable.

Scandal Le Parfum Jean Paul Gaultier parfum - un nouveau parfum pour femme  2022

 

 

Qu’on ne vienne pas me dire que je ne découvre rien hors de ma zone de confort car, sur le papier tant « Aura » que « Scandal » ne cochent pratiquement aucune case pour me plaire et pourtant, quand on a un peu de curiosité, on fait parfois de belles découvertes. Je les aime bien et je suis content de les connaitre. J’ai une collègue de travail qui porte « Aura » et il lui va comme un gant. Je le trouve particulièrement adapté à sa personnalité. Grâce à vous, je suis retourné dans le circuit sélectif et j’ai découvert quelques nouveautés que je ne porterais pas forcément mais qui m’ont plu. Ces deux-là en sont un exemple parfait.

 


25/06/2020
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"Granada Salvia" et "Orange Soleia", les deux nouveautés de la collection Aqua Allegoria

 

Depuis quelques jours, il fait très chaud et, de ce fait, j’ai eu envie d’aller sentir les deux nouvelles créations de Thierry Wasser pour la collection Aqua Allegoria de Guerlain. La première « Granada Salvia » est un peu aromatique et fruitée tandis que la seconde est franchement hespéridée. J’ai parfois un peu de mal à me projeter dans l’univers parfumé de Thierry Wasser et, plus généralement, à quelques exceptions près, à adhérer aux reformulations qu’il a initié ainsi qu’aux nouveautés et autres flankers dont nous sommes envahis depuis quelques années. Je pense que les dernières fragrances de la collection Aqua Allegoria que j’avais senti voire même essayé, avaient été créées par Jean-Paul Guerlain donc ça commence à dater un peu. L’an dernier, nombre d’entre vous ont aimé « Ginger Piccante » et « Coconut Fizz » donc, j’ai eu envie de découvrir les deux nouveautés. Je vais essayer de vous donner mes impressions même si elles sont un peu fugaces car je ne les ai senties que sur touche.

 

« Granada Salvia » est la première nouveauté 2020 qui m’a été proposée. Les notes de têtes sont le cassis, le citron et la bergamote puis on évolue sur un coeur assez étonnant, construit d’une manière assez réaliste autour de la grenade. J’avoue que j’en connais le goût mais l’odeur m’échappait un peu et c’est vrai que c’est assez ça. La grenade est conjuguée avec des notes de rose, de cyprès et de sauge qui confèrent au jus quelque chose de profondément aromatique. Le fond de mousse de chêne et de patchouli m’ont surpris. Avec « Granada Salvia », Guerlain renoue un peu avec sa tradition des chyprés fruités dont beaucoup n’existent plus et je ne m’attendais pas du tout à ça. Je reconnais que la construction de cette eau de toilette dont la tenue semble être absolument suffisante, est assez originale et étonnante. Pour moi, elle est résolument trop sucrée et je ne pourrais pas la porter. De plus, Thierry Wasser a cédé à cette mode d’abondance de muscs blancs poudrés et « propres » en fond et je dois dire que, si je trouve ça agréable, j’en ai un peu assez de sentir cette note omniprésente dans les trois quarts des nouveautés que j’ai senti ces deux dernières années. Ceci dit, ce n’est que mon goût. Je dois admettre, si je veux être objectif, que « Granada Salvia » va un peu au-delà d’une eau d’été et qu’il est plutôt réussi. Je ne vais pas jouer les grognons et admettre que j’ai bien aimé le sentir.

Aqua Allegoria Granada Salvia Guerlain parfum - un parfum pour homme et  femme 2020

 

 

Facile d’accès, agréable et fraîche, la seconde Aqua Allegoria a pour nom « Orange Soleia » et Guerlain annonce la couleur tout de suite ! L’orange est également à la mode depuis quelques étés et je ne vais pas m’en plaindre car c’est sans doute l’un des agrumes que je préfère en parfumerie, surtout lorsqu’elle est travaillée soit de manière ultra fraîche ou encore un peu confite et amère comme celle de la « so british » marmelade mais je m’égare. Thierry Wasser a choisi, en tête d’associer l’orange sanguine au poivre rose et à la bergamote. Le coeur de menthe et de petit grain renforce ce côté très frais et fruité et on évolue sur un fond de fève tonka assez ronde, des notes boisées et (encore !) de muscs blancs. Je dois dire que je l’ai trouvée, si ce n’est originale, assez agréable. Il y a de nombreux jus à base d’orange et c’est vrai que celui-ci est très bien construit olfactivement mais j’avoue que, dans les nouveautés, je lui préfère le plus épicé « Des Clous pour une Pelure » créé par Christopher Sheldrake.

Aqua Allegoria Orange Soleia Guerlain parfum - un parfum pour homme et  femme 2020

Je ne sais pas si j’achèterai un jour une Aqua Allegoria mais je reconnais que j’aime bien les sentir surtout lors de chaudes journées car je les trouve bien agréables. Souvent, les créations sont assez simples et, si je ne connais pas la tenue, j’imagine qu’elle doit être un peu limitée sur certaines compte-tenu des matières premières utilisées pour garder la fraîcheur. J’ai eu un certain plaisir à les découvrir même si je les trouve consensuelles. Peut-être vous plairont-elles… Peut-être en aimerais-je dans les plus anciennes. Il faut vraiment que je m’y penche.

 


25/06/2020
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Mes parfums préférés : "Heure Exquise"

Heure Exquise Goutal parfum - un parfum pour femme 1984

 

 

"Heure exquise, qui vous grise..." chantait "la Veuve Joyeuse" de Franz Lehàr mais pour moi c'est surtout un parfum merveilleux créé en 1984 par Annick Goutal et Isabelle Doyen. Il y a quelques années, j’ai eu la chance de dénicher un flacon vintage qui a une douzaine d’années. Ce printemps, je l'ai beaucoup porté. Sa tenue, le plaisir que j'ai eu m'envelopper de cet iris et fleurs blanches poudré m'a donné envie de revenir dessus. J'ai beaucoup de regrets en ce qui concerne ce qui est devenu aujourd'hui "Goutal Paris" car je trouve que certains parfums ont été vraiment trop reformulés. J'ai pu sentir la toute dernière version il y a quelques jours et j'avoue que sa légèreté extrême m'a désappointé (et je ne parle pas du nouveau flaconnage que je trouve vraiment tartignolle). "Que reste-t'il de nos amours ?" et bien je ne sais pas mais je suis heureux de cette trouvaille que j'aime porter et qui demeure très économiques puisque trois pressions ont permis à mon tee shirt posé dans ma chambre, d'en profiter plusieurs heures après que je l'eus porté.

 

 

Nez Isabelle Doyen

Isabelle Doyen

 

 

 

J'ai été, il y a longtemps, très amateur de l'univers olfactif de la très regrettée Annick Goutal partie très tôt, trop jeune et il y a déjà longtemps. C’est un parfum chypré, ultra poudré où se rencontrent l'iris, d'autres fleurs blanches, peut-être aussi un peu la rose, le tout enveloppé dans l'odeur de la poudre de riz de nos grand-mères. Il est, pour moi, irrésistible, addictif et en même temps tout à fait enveloppant comme un cocon de douceur rassurant. "Heure Exquise" en tout cas, cette version (je ne sais pas s'il y en a eu d'autres depuis), avait une élégance intemporelle et un charme fou. Je dois admettre que s'il peut paraitre un peu extravagant sur un homme, c'est un parfum que j'ai toujours rêvé de porter pour des occasions agréables comme un dîner dans un bon restaurant ou un réveillon chaleureux entre amis. J’ai toujours aimé cette fragrance. C’est un jus unique en son genre et sans doute l’une des plus belles réalisation d’Annick Goutal et Isabelle Doyen. À chaque fois que je mets le nez dedans, je me fais plaisir et j’aime énormément le porter toujours et encore.

 

 

Isabelle Doyen et Camille Goutal - Lili Barbery

 

 

 

 

 

 


24/06/2020
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